7 août 2026

Burkina Voix

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La liberté d’informer au Togo : la répression s’intensifie jusqu’aux vendeurs de journaux

Au Togo, l’érosion de la liberté de la presse ne se manifeste plus uniquement à travers les rapports d’organisations non gouvernementales ou les communiqués officiels. Elle est désormais palpable au quotidien, dans les rues de Lomé, où la simple distribution d’un journal est devenue une activité risquée. En étendant sa pression aux colporteurs, le régime du Président Faure Gnassingbé marque une étape préoccupante : celle du musellement systématique et opérationnel de la libre expression.

Une répression ciblée contre les distributeurs

Pendant de nombreuses années, le contrôle de la presse togolaise s’est opéré par des méthodes institutionnelles bien établies : convocations de journalistes, suspensions temporaires de publications, retraits de cartes de presse et menaces de poursuites judiciaires pour diffamation. Si ces tactiques ont progressivement poussé de nombreuses rédactions à l’autocensure, elles n’ont pas réussi à étouffer la soif d’information d’une population togolaise de plus en plus exigeante et critique.

L’interpellation récente de distributeurs et de vendeurs de journaux indépendants à Lomé signale un virage stratégique. En ciblant le maillon le plus vulnérable de la chaîne d’information — des travailleurs qui dépendent de la vente au numéro pour leur subsistance —, les autorités ne visent plus seulement à censurer un contenu spécifique. Leur objectif est désormais de rompre le lien direct et essentiel entre le journal et ses lecteurs.

S’attaquer à la distribution relève d’une double logique de répression, à la fois économique et sécuritaire. La finalité est limpide : instiller la peur chez les revendeurs afin qu’ils refusent de proposer les titres d’opposition ou d’investigation. Cette manœuvre crée un blocus commercial insidieux mais dévastateur pour les entreprises de presse, déjà fragilisées financièrement.

La HARC : entre régulation et instrumentalisation

Au cœur du dispositif de contrôle du pouvoir togolais, la Haute Autorité de Régulation de la Communication (HARC) fait face à des critiques de plus en plus virulentes émanant des organisations syndicales et du Patronat de la Presse Togolaise (PPT). Initialement chargée de garantir la liberté d’expression et l’équilibre du paysage médiatique, de la presse écrite au numérique, cette institution est aujourd’hui perçue par une large majorité de la profession comme un outil d’alignement éditorial.

Sous des prétextes de « salubrité publique », d’« assainissement du secteur » ou de lutte contre la désinformation, les sanctions sont appliquées de manière disproportionnée, frappant les médias qui osent questionner la gouvernance, les affaires financières ou la gestion politique du pays. Parallèlement, la presse qui adopte le discours officiel bénéficie d’une clémence constante. Cette politique de deux poids, deux mesures a progressivement vidé le débat public de sa substance, transformant le paysage médiatique officiel en un reflet déformé de la réalité togolaise.

L’espace démocratique togolais sous pression

Alors que les discours officiels mettent en avant la modernisation des institutions et l’attractivité économique du Togo, la répression désormais flagrante contre les acteurs des médias révèle la réalité d’un espace démocratique en constante restriction. La liberté de la presse n’est pas un privilège octroyé aux journalistes, mais un droit fondamental indispensable à tous les citoyens.

En étouffant les rares voix discordantes et en persécutant ceux qui distribuent l’information écrite, le pouvoir togolais opte pour une forme de calme artificiel. Cependant, en asphyxiant l’information indépendante, il ne supprime pas les tensions sociales et politiques sous-jacentes. Il prive simplement la société des canaux légitimes et nécessaires pour les exprimer et les résoudre.