Le célèbre bassiste et chanteur Richard Bona a récemment exprimé des critiques acerbes à l’encontre de la jeunesse camerounaise, qu’il qualifie de « corrompue ». Ces déclarations ont provoqué une onde de choc et de nombreuses réactions au sein de la communauté en ligne et dans les rues du Cameroun.
Dans une interview exclusive, l’artiste camerounais, qui réside en exil, a déploré l’ampleur de la corruption dans son pays. Il a particulièrement ciblé les jeunes, affirmant : « La jeunesse au Cameroun est une jeunesse corrompe. Ils ont été élevés de cette manière. Ils ont cette façon de procéder : on attend juste des miettes d’en haut. À part quelques petites exceptions, vraiment rares, c’est une jeunesse corrompue. Et je ne pense même pas que le Cameroun s’en sortira. »
Ces propos ont trouvé un écho mitigé sur les plateformes sociales. Certains internautes camerounais ont partagé ce constat, comme cet utilisateur qui commente : « Les enfants savent que le policier est en route pas pour leur sécurité, mais pour prendre 500 francs. » Dans les quartiers de Yaoundé, les avis sont également partagés, reflétant une perception complexe du phénomène de la corruption au Cameroun.
D’autres voix, cependant, appellent à la nuance : « Il y a des jeunes corrompus. Mais il y a aussi une majorité de jeunes qui subissent la corruption. » Un autre commentaire souligne : « Oui, il existe une jeunesse qui subit les raccourcis. Oui, il existe des comportements condamnables. Mais aucun peuple ne se construit en jugeant toute une génération à partir de ses dérives. »
Le Cameroun face à un fléau persistant
Un sondage récent, publié en mars dernier, révèle des chiffres préoccupants : 57 % des Camerounais estiment avoir versé des pots-de-vin pour éviter des problèmes avec les forces de l’ordre. Près de la moitié des citoyens ont eu recours à la corruption pour obtenir des documents d’identité, et 37 % pour accéder à des soins médicaux.
Ces données s’inscrivent dans un contexte où le Cameroun se classe 142e sur 182 pays selon un classement international sur la perception de la corruption, publié en février dernier. La Commission nationale anti-corruption, rattachée à la présidence camerounaise, a également souligné dans son rapport de 2024 que « le Cameroun ploie toujours sous le poids de la corruption. Des milliards de francs CFA continuent d’être détournés des caisses de l’État par des individus. »
Un fonctionnaire de l’État camerounais témoigne : « Beaucoup de jeunes ne savent même plus ce qui est anormal. Ils se nourrissent de la corruption. » Malgré ces constats, de nombreux Camerounais refusent de généraliser et d’assimiler l’ensemble de la jeunesse à ce phénomène. « Le plus important aussi, c’est qu’il faut savoir qu’il y a une partie de cette jeunesse qui est très battante, qui est combattive, qui essaie de faire les choses correctement, avec dignité, qui fait rêver. » Un autre ajoute : « Le Cameroun bouge beaucoup grâce aux jeunes. Si tous étaient corrompus, le pays serait à l’arrêt. »
Une jeunesse victime et « complice tacite »
Pour Maître Akere Muna, fondateur d’une section camerounaise d’une organisation internationale de lutte contre la corruption et consultant international sur ces questions, la jeunesse camerounaise est davantage une victime et une « complice tacite de la corruption ». Selon lui, cette jeunesse est « prise en embuscade ».
« La corruption au Cameroun est systémique. Dire que les jeunes y sont pour quelque chose… mais ils ne gèrent rien. Ils subissent. Il faut qu’ils survivent. Alors qu’est-ce qu’il se passe ? Ils se prêtent au jeu. » Il insiste sur la nécessité pour les jeunes de prendre conscience que leur avenir est compromis par ce phénomène et qu’ils devraient le dénoncer activement. « Pendant quarante ans, on a eu cette culture où ce n’est pas la compétence qui fait avancer, ce n’est pas le travail qui fait avancer. Les jeunes, ils apprennent vite. Il faut connaître quelqu’un, il faut le népotisme, le tribalisme pour pouvoir avancer », a-t-il affirmé lors d’une interview.
Maître Akere Muna préconise l’instauration d’une culture éducative qui valorise le mérite et le travail, démontrant que « si on est fainéant, on ne fait rien, on ira nulle part ». La Commission nationale anti-corruption exhorte, quant à elle, tous les acteurs des secteurs public et privé, ainsi que les citoyens, à se mobiliser pour dénoncer les actes de corruption. Elle met à disposition une ligne verte, le 1517, pour faciliter ces signalements.
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