Les autorités maliennes viennent de franchir une étape décisive dans leur politique de restauration de la sécurité nationale. Un décret gouvernemental, rendu public récemment, instaure des zones stratégiques militaires sur près de quarante massifs forestiers répartis sur l’ensemble du territoire. Ces espaces, désormais réservés aux seules forces de défense et de sécurité, sont formellement interdits à toute activité civile. L’objectif affiché ? Démanteler les bastions présumés des groupes armés affiliés à l’État islamique au Sahel et au JNIM, dont les attaques se sont multipliées ces dernières années.
Une nouvelle carte sécuritaire pour le Mali
Le texte officiel énumère avec précision les forêts concernées, principalement situées dans les régions centrales et méridionales du pays. Ces zones, historiquement exploitées par les populations locales pour la cueillette, la chasse ou le pastoralisme, étaient devenues des refuges pour les éléments insurgés. En les plaçant sous contrôle militaire exclusif, Bamako cherche à tarir leurs sources d’approvisionnement et à faciliter les opérations de reconnaissance et d’intervention aériennes. Cette stratégie s’inscrit dans la continuité de la politique de fermeté adoptée par les autorités depuis les changements institutionnels de 2020 et 2021, qui ont marqué le retrait des forces étrangères et le rapprochement avec de nouveaux partenaires.
Le choix de cibler les forêts n’est pas anodin : ces écosystèmes complexes ont toujours servi de zones de friction entre besoins économiques locaux et activités illicites. Bois de chauffage, plantes médicinales, parcours pour le bétail… Autant de ressources vitales désormais sous surveillance militaire. Toute intrusion non autorisée expose désormais à des poursuites, tandis que les opérations de ratissage peuvent être lancées à tout moment, sans préavis.
Des retombées humanitaires et sociales préoccupantes
Si l’efficacité opérationnelle de cette mesure reste à prouver, ses conséquences sociales risquent d’être lourdes. Des milliers de Maliens vivent au cœur ou en périphérie des massifs concernés et dépendent directement de ces ressources naturelles pour leur subsistance. Sécheresses répétées, hausse des prix des denrées et fermeture des échanges transfrontaliers ont déjà fragilisé ces populations. L’interdiction d’accès pourrait aggraver leur précarité, comme l’a montré l’expérience du Burkina Faso voisin, où des mesures similaires ont provoqué des déplacements massifs de populations en 2023.
Pour les Forces armées maliennes (FAMa), cette initiative représente un nouveau cadre juridique pour intensifier les frappes aériennes et les opérations héliportées, devenues centrales après le départ de la Mission des Nations unies en 2023. Bamako affiche ainsi sa volonté de reprendre le contrôle des zones périphériques, où l’insécurité gagne du terrain, menaçant même les abords de Bamako et de Kayes. Reste à savoir si cette militarisation des espaces parviendra à inverser la tendance sans exacerber les tensions locales.
Une tendance régionale sous haute surveillance
Cette initiative malienne s’inscrit dans un mouvement plus large au Sahel. Le Burkina Faso et le Niger, membres de l’Alliance des États du Sahel, ont eux aussi instauré des dispositifs similaires depuis 2024 pour contrer l’avancée des groupes armés. Cette approche commune repose sur une logique de souveraineté sécuritaire : contrôler physiquement les zones marginales et suspendre temporairement certains usages traditionnels pour rétablir l’ordre.
Les observateurs internationaux suivent cette évolution avec attention. Les organisations de défense des droits humains ont déjà documenté des abus commis dans des zones placées sous régime militaire renforcé. La capacité de Bamako à concilier efficacité militaire et protection des civils sera déterminante, notamment pour les pays voisins et les partenaires encore engagés dans le pays. Sur le plan économique, l’impact pourrait également être significatif, notamment pour les exploitations minières artisanales et les sites aurifères situés en bordure des forêts concernées. À ce jour, aucune mesure d’accompagnement ou d’indemnisation n’a été annoncée pour les populations affectées.
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