10 juin 2026

Burkina Voix

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Importations tchadiennes : la Chine en tête avec près d’un tiers des échanges

Économie

Le Tchad dépend à 30 % de la Chine pour ses importations, tandis que les Émirats dominent ses exportations

Deux géants mondiaux structurent l’économie tchadienne : l’un alimente ses besoins en biens manufacturés, l’autre capte l’essentiel de ses ventes de matières premières.

Carte des flux commerciaux entre le Tchad, la Chine, les Émirats arabes unis et autres partenaires

En 2025, la Chine s’est imposée comme le principal fournisseur du Tchad, avec des livraisons s’élevant à 306,5 milliards de francs CFA, soit 30,7 % des importations totales de N’Djamena. Ce chiffre dépasse largement ceux des autres partenaires : le Cameroun, deuxième fournisseur, n’atteint que 108,4 milliards (10,9 %), tandis que la Libye se classe troisième avec 85,8 milliards (8,6 %).

Les produits importés de Chine reflètent une relation commerciale classique entre un pays en développement et une puissance industrielle. Le Tchad importe principalement des équipements mécaniques, des produits manufacturés et des biens de consommation, tandis que Pékin absorbe en retour des matières premières tchadiennes. Ce schéma, répandu dans toute l’Afrique, illustre la stratégie chinoise de conquête des marchés africains par l’exportation de biens finis et l’importation de ressources naturelles.

Les Émirats arabes unis, premiers acheteurs des ressources tchadiennes

Côté exportations, la donne change radicalement. Les Émirats arabes unis figurent en tête des clients du Tchad, avec des achats s’élevant à 333,3 milliards de francs CFA, soit 26,2 % des exportations nationales. Ils devancent la Malaisie (297,8 milliards, 23,4 %) et l’Allemagne (279,9 milliards, 22,1 %).

Contrairement à la Chine, dont le rôle est celui d’un fournisseur direct, les Émirats se positionnent comme des plates-formes de transit. Leur position géographique et leurs infrastructures portuaires en font des hubs idéaux pour le pétrole brut tchadien, souvent réexporté après transformation ou mélange. Si cette intermédiation profite aux Émirats, elle limite la visibilité du Tchad sur la destination finale de ses ressources.

Une concentration des échanges à haut risque

L’analyse des flux commerciaux révèle une dépendance préoccupante. À l’importation, dix pays seulement fournissent 79,8 % des besoins tchadiens. La Chine domine avec près d’un tiers des importations, suivie par le Cameroun, la Libye, l’Inde, le Togo, le Brésil, la Turquie, la France, les États-Unis et l’Allemagne. Cette diversité apparente masque une dépendance structurelle à l’égard de Pékin.

À l’exportation, la situation est encore plus marquée : les dix principaux partenaires absorbent 98,9 % des ventes extérieures du Tchad. Cette concentration expose le pays à des fluctuations brutales des cours internationaux ou à des décisions politiques étrangères. Une diversification des partenariats, tant à l’import qu’à l’export, apparaît comme une nécessité stratégique pour stabiliser l’économie tchadienne.

La France et les États-Unis, relégués loin derrière

Malgré leur histoire commune avec le Tchad, la France et les États-Unis ne représentent plus que 5,1 % et 5,3 % des importations, soit respectivement 50,9 et 53 milliards de francs CFA. Ces chiffres confirment un rééquilibrage progressif des échanges vers l’Asie et le Moyen-Orient, au détriment des anciennes puissances coloniales.

En conclusion, le Tchad se trouve pris dans un système commercial asymétrique : il importe massivement des biens manufacturés de Chine tout en exportant ses matières premières vers les Émirats. Cette configuration, bien que lucrative à court terme, limite sa marge de manœuvre économique et politique. Une politique de diversification apparaît désormais comme un impératif pour sécuriser son avenir.