
Libreville — Alors que la démocratie traverse une période de recul mondial, un pays d’Afrique centrale attire l’attention des observateurs. Le Gabon, longtemps perçu comme un régime fragile, vient d’être identifié par l’institut suédois V-Dem comme l’une des rares évolutions positives de l’année écoulée.
Dans son rapport annuel, référence en matière d’évaluation démocratique couvrant plus de 200 pays, V-Dem dresse un constat préoccupant. La régression démocratique se poursuit sur tous les continents. Même les États-Unis figurent parmi les démocraties confrontées à des tensions structurelles croissantes.
Au milieu de ce paysage assombri, le Gabon apparaît comme une anomalie positive, suscitant intérêt et interrogations.
Une éclaircie dans un monde en recul
Le principal enseignement du rapport est sans équivoque : le nombre de pays en recul démocratique continue d’augmenter. Libertés publiques sous pression, institutions affaiblies, concentration du pouvoir sont devenus monnaie courante. Dans ce contexte, seuls onze États ont réussi à sortir de la liste des pays en déclin démocratique. Le Gabon en fait partie.
Plus significatif, les chercheurs de V-Dem citent explicitement le pays parmi les quatre principales sources d’espoir démocratique à l’échelle mondiale, aux côtés du Liban, de l’île Maurice et de la Corée du Sud. Cette reconnaissance est directement liée aux élections de 2025, considérées comme un tournant institutionnel.
Le contraste africain
L’Afrique subsaharienne apparaît cette année comme la région la plus touchée par les reculs démocratiques, avec douze pays en détérioration. Les cas du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Togo illustrent cette tendance. Dans cet environnement, le Gabon se distingue nettement.
Les chercheurs soulignent que le Gabon fait partie des trois pays susceptibles d’engager une progression démocratique durable, avec le Tchad et la Corée du Sud. Le parallèle avec le Tchad n’est pas fortuit : les deux pays ont récemment connu une transition par les urnes après une rupture institutionnelle.
Une reconnaissance, pas une consécration
Cette distinction ne doit pas être interprétée comme une validation définitive. Le Gabon reste une démocratie incomplète, classé 114e sur 179 États. Sa note demeure modeste. Le pays progresse, mais depuis un niveau historiquement faible.
Les chercheurs citent l’exemple de la Zambie, qui avait connu une embellie démocratique avant de voir ses avancées s’éroder. Les progrès ne deviennent durables qu’avec des réformes profondes, une justice indépendante, des médias libres et une gouvernance transparente. C’est le défi qui attend le Gabon.
Le défi de la cohérence démocratique
Cette reconnaissance place les autorités gabonaises face à une exigence de cohérence. Plusieurs débats récents illustrent cette réalité : la suspension temporaire de plateformes numériques, les interrogations sur le nouveau Code de la nationalité adopté par voie réglementaire, et la situation judiciaire de l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie By nNze, candidat à la dernière présidentielle.
La question n’est pas de contester la légitimité de l’État à réguler, mais de savoir si ces décisions s’inscrivent dans un cadre de transparence et de respect des libertés fondamentales. L’expérience de plusieurs États africains montre que les progrès démocratiques peuvent être fragilisés si les réformes ne consolident pas les libertés publiques et le pluralisme.
Le véritable test commence maintenant. Les élections de 2025 ont permis au Gabon de sortir de la défiance. La prochaine étape est de démontrer que cette amélioration n’est pas conjoncturelle mais le fondement d’une transformation durable. Dans un monde où les démocraties reculent, le Gabon a une occasion rare : prouver qu’une trajectoire différente est possible.
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