26 juin 2026

Burkina Voix

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Le Gabon met fin à la SEEG et crée deux nouvelles entreprises

L’ère de la SEEG s’achève définitivement au Gabon. Les autorités ont officialisé la dissolution de la Société d’énergie et d’eau du Gabon, qui gérait depuis plus de quarante ans la distribution d’eau et d’électricité. Deux entités distinctes vont être créées, chacune spécialisée dans un domaine précis. Cette mesure, adoptée lors d’un conseil des ministres à Libreville, clôt des mois d’incertitude autour d’un opérateur en proie à de graves difficultés financières et techniques.

La fin d’un acteur historique des services publics gabonais

La SEEG, confiée pendant longtemps au groupe français Veolia jusqu’à son départ en 2018, avait été reprise par l’État gabonais. Malgré cela, l’entreprise n’a jamais retrouvé son équilibre, avec des coupures d’eau fréquentes et des délestages électriques dans les grandes villes. Libreville, Port-Gentil et Franceville ont subi régulièrement des pannes, provoquant le mécontentement des habitants et des acteurs économiques. Le gouvernement de transition, arrivé après le renversement d’Ali Bongo en août 2023, avait fait de la réforme du secteur une priorité nationale.

Le constat des pouvoirs publics est sans appel : infrastructures vieillissantes, manque chronique d’investissements, gouvernance opaque et confusion entre production, transport et distribution. La séparation des activités vise à clarifier les rôles et à attirer des investisseurs spécialisés, capables d’apporter des capitaux dans chaque filière.

Deux sociétés distinctes pour l’eau et l’électricité

Concrètement, la réforme prévoit la création d’une société dédiée à l’électricité et d’une autre pour l’eau potable. Cette segmentation, déjà adoptée dans plusieurs pays de la région, permet d’isoler les modèles économiques propres à chaque secteur. L’électricité repose sur des logiques de production lourde, de réseau haute tension et de mix énergétique. L’eau, quant à elle, répond à des impératifs territoriaux et sanitaires, avec des enjeux de captage, de traitement et de desserte rurale très spécifiques.

Cette nouvelle organisation devrait aussi faciliter l’arrivée de partenaires techniques et financiers ciblés. Les bailleurs de fonds internationaux, comme la Banque africaine de développement et la Banque mondiale, réclament depuis plusieurs années une clarification des structures pour pouvoir engager des financements à long terme. La Société financière internationale (SFI) avait déjà exprimé son intérêt pour des projets sectoriels, à condition d’une refonte du cadre juridique.

Un défi industriel et social pour les autorités de transition

La mise en œuvre s’annonce pourtant complexe. Le sort des quelque 2 000 employés de la SEEG est un dossier sensible, tout comme la reprise des dettes accumulées et la continuité de la facturation pour les usagers. Les autorités devront aussi définir le périmètre des concessions, les modalités de fixation des tarifs et le rôle de la future autorité de régulation. Plusieurs syndicats ont déjà demandé des garanties sur le maintien des acquis sociaux et l’absence de licenciements secs.

Sur le plan stratégique, cette réforme s’inscrit dans une volonté plus large de souveraineté économique affichée par le président de la transition, Brice Clotaire Oligui Nguema. Le Gabon souhaite reprendre le contrôle de ses actifs stratégiques tout en sécurisant la fourniture des services essentiels. Le pays dispose d’un potentiel hydroélectrique important, notamment avec les barrages de Grand Poubara et Kinguélé Aval, encore largement sous-exploité par rapport à la demande nationale. L’enjeu est désormais de transformer cette ressource naturelle en performance opérationnelle pour les ménages et les industries.

Le calendrier de mise en place des deux entités n’a pas été précisé dans le détail, mais le gouvernement envisage un déploiement progressif dans les prochains mois. Le succès de la réforme dépendra de la qualité de la gouvernance et de la capacité à mobiliser les capitaux nécessaires aux investissements de rattrapage.