12 juin 2026

Burkina Voix

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Femmes au parlement marocain : acquis et défis avant les législatives de 2026

La participation politique des Marocaines est le fruit d’un long cheminement jalonné de réformes juridiques et d’un militantisme associatif tenace. À quelques mois des élections législatives de septembre 2026, la place des femmes dans les instances décisionnelles revient au centre des débats. Si le cadre légal s’est enrichi, les pratiques partisanes et les réalités de terrain interrogent encore la concrétisation des promesses constitutionnelles.

Aperçu historique : de l’absence à la discrimination positive

Après l’indépendance, la présence féminine au Parlement marocain est restée très faible. Ce n’est qu’en 1993 que deux femmes accèdent pour la première fois à la Chambre des représentants. Devant la lenteur d’une évolution naturelle, le Maroc adopte au début des années 2000 des mécanismes de discrimination positive.

  • 2002 – Instauration d’une liste nationale : un accord politique réserve 30 sièges aux femmes, marquant un tournant décisif.
  • 2011 – La nouvelle Constitution consacre l’égalité (article 19) et porte le nombre de sièges féminins à 60.
  • 2021 – Les listes régionales remplacent la liste nationale, élargissant la représentativité territoriale et portant à 90 le nombre de sièges réservés.

Ces étapes ont permis aux Marocaines d’accumuler compétences et expérience. Pourtant, un plafond de verre persiste, que ce soit au niveau local ou pour diriger les listes électorales.

Législatives de 2026 : le constat alarmant de la société civile

Le 9 juin 2026, la Coalition 190 pour la lutte contre la violence et la Coalition pour la dignité et les droits des femmes ont publié un appel pressant. En analysant les premières investitures, elles alertent : les femmes restent marginalisées comme têtes de liste, au profit d’une domination masculine flagrante sur ces positions clés. Pourtant, les têtes de liste ont statistiquement les plus grandes chances de gagner un siège. Cette situation interroge l’engagement réel des partis en faveur de l’égalité et de la parité.

Une dérive démocratique majeure : le contournement familial des quotas

Au-delà du faible nombre de candidates, un phénomène pernicieux menace le scrutin : l’instrumentalisation des quotas par certaines élites partisanes. Profitant des listes réservées, plusieurs dirigeants placent leurs propres épouses ou filles en première ligne. Ce favoritisme familial contourne l’esprit des textes, transformant des mesures de discrimination positive en privilèges dynastiques. Il prive les militantes de terrain d’un accès légitime à la représentation et renforce la défiance citoyenne envers les institutions.

Pour un débat national : au-delà de la simple mobilisation électorale

Face à ces dérives, les coalitions appellent à un débat national immédiat, associant partis, institutions, organisations féministes et médias. Ce débat doit lever les freins culturels et structurels qui limitent l’émergence des femmes aux postes de leadership.

Les signataires proposent trois mesures concrètes :

  • Un engagement partisan ferme : les partis doivent respecter l’esprit des lois électorales et placer des femmes à la tête d’au moins un tiers des listes.
  • Des critères de sélection transparents : les investitures doivent reposer sur la compétence, le mérite et l’engagement militant, excluant tout favoritisme familial.
  • Un suivi rigoureux : les autorités de contrôle doivent veiller à ce que les mesures de soutien profitent à toutes les citoyennes, non à des cercles restreints.

Conclusion : note de réflexion

Les femmes marocaines ne sont pas de simples électrices ou outils de mobilisation. Elles sont des citoyennes à part entière, partenaires indispensables dans la construction du pays. La maturité de la démocratie marocaine se mesurera à sa capacité à transformer leur participation politique – d’une exception ou d’un contournement familial – en une pratique démocratique naturelle, juste et durable.