26 mai 2026

Burkina Voix

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Exécutions et disparitions forcées au Mali : l’armée et Wagner ciblent les peuls

exécutions et disparitions forcées au Mali : l’armée et Wagner ciblent les peuls

des crimes de guerre documentés contre les civils peuls

Depuis janvier 2025, l’armée malienne et ses alliés du groupe Wagner, soutenu par la Russie, sont accusés d’avoir commis des exécutions sommaires et des disparitions forcées à l’encontre d’hommes issus de l’ethnie peule. Ces actes, perpétrés dans plusieurs régions du pays, s’inscrivent dans des opérations de contre-insurrection menées contre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda.

Selon des témoignages recueillis, des soldats maliens et des combattants du groupe Wagner ont ciblé des civils peuls, les accusant de collaborer avec les groupes armés islamistes. Ces accusations, bien que non prouvées, exposent toute une communauté à des violences systématiques.

des violations massives des droits humains

  • 12 exécutions sommaires confirmées et 81 disparitions forcées depuis janvier 2025 ;
  • 65 éleveurs et marchands de bétail peuls exécutés à Sebabougou (région de Kayes) en avril ;
  • des témoignages glaçants de violences, de tortures et de détentions secrètes ;
  • des attaques contre des villages entiers, comme Kobou (23 janvier) où 30 maisons ont été incendiées et trois civils exécutés.

des enquêtes urgentes et des responsabilités à établir

L’Union africaine est appelée à renforcer ses efforts pour protéger les civils maliens et soutenir les enquêtes sur ces crimes graves. La junte militaire malienne, responsable des exactions commises par son armée et ses alliés, doit révéler le sort des disparus, mener des enquêtes transparentes et traduire les coupables en justice.

Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch, souligne : « la junte militaire malienne est en fin de compte responsable des exécutions sommaires et des disparitions forcées perpétrées par l’armée et par des combattants du groupe Wagner allié à l’armée ». Elle ajoute : « la junte devrait mettre fin aux abus, révéler où se trouvent les personnes détenues, mener des enquêtes et traduire les responsables en justice ».

des preuves accablantes et des témoignages bouleversants

Entre février et mai 2025, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 29 personnes, dont des témoins, des chefs de communauté et des représentants d’organisations internationales. Les récits recueillis décrivent des scènes de terreur :

  • Des civils exécutés sommairement à Belidanédji (30 mars) et Farana (26 mars) ;
  • Des tortures et détentions secrètes dans des conteneurs à Molodo ;
  • Des meurtres collectifs à Sikere (14 mai), où quatre hommes peuls ont été abattus après avoir été accusés de collaborer avec le GSIM.

Des images satellite confirment également l’incendie de 30 maisons à Kobou et des signes de violences massives dans d’autres villages.

le retrait de Wagner et l’urgence de la protection des civils

En juin 2025, le groupe Wagner a annoncé son retrait du Mali, officiellement après avoir « accompli sa mission ». Cependant, des sources diplomatiques et sécuritaires indiquent que ses combattants seraient remplacés par l’Africa Corps, un nouveau groupe paramilitaire russe. Ce changement intervient alors que le pays fait face à une recrudescence des attaques des groupes armés islamistes et des groupes séparatistes touaregs.

L’Union africaine doit impérativement faire pression sur les autorités maliennes pour qu’elles respectent leurs obligations internationales et protègent les civils. Le Mali, signataire du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, est également tenu de coopérer avec la CPI, qui enquête sur les crimes de guerre présumés commis dans le pays depuis 2012.

des crimes imprescriptibles et des responsables à juger

Les disparitions forcées, les exécutions sommaires et les tortures constituent des crimes de guerre selon le droit international humanitaire. Les responsables, qu’ils soient maliens ou russes, risquent d’être poursuivis pour ces actes.

Ilaria Allegrozzi conclut : « les hauts responsables maliens et russes devraient être conscients qu’ils peuvent être tenus pour responsables des crimes commis par leurs soldats et leurs combattants ». Elle appelle l’Union africaine à agir rapidement pour éviter une impunité totale.

contexte : un conflit aux racines profondes

Depuis 2012, le Mali est en proie à un conflit opposant les forces gouvernementales aux groupes armés islamistes. Ces violences ont causé la mort de milliers de civils et déplacé plus de 350 000 personnes.

La junte militaire, arrivée au pouvoir en 2021, a renforcé ses liens avec la Russie, notamment via le groupe Wagner, pour lutter contre l’insurrection. Malgré les dénis officiels, des preuves montrent l’implication croissante de mercenaires russes dans les opérations militaires.

Les communautés peules, souvent accusées à tort de soutenir les djihadistes, sont particulièrement vulnérables. Cette stigmatisation alimente un cycle de violences et d’impunité.