26 mai 2026

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Échec de l’Italie à la Coupe du monde 2026 : l’analyse d’un expert sur l’immobilisme du football italien

Échec de l’Italie à la Coupe du monde 2026 : l’analyse d’un expert sur l’immobilisme du football italien

L’Italie, déjà absente des deux précédentes éditions, ne participera pas non plus à la prochaine Coupe du monde de football. Ce nouvel échec retentissant soulève des questions profondes sur l’état du football italien, selon un spécialiste.

Le joueur de la Bosnie-Herzégovine, Benjamin Tahirovic, se bat pour le ballon avec l'Italien Sandro Tonali, lors du match décisif des qualifications européennes pour la Coupe du monde de la FIFA 2026, au stade Bilino-Polje de Zenica, le 31 mars 2026. (ELVIS BARUKCIC / AFP)

La série noire continue pour la Nazionale. Après 2018 et 2022, l’Italie manquera une nouvelle fois le rendez-vous planétaire du football. Battue par la Bosnie-Herzégovine lors de la finale des barrages européens le mardi 31 mars, la quadruple championne du monde et double championne d’Europe se retrouve spectatrice d’un Mondial pour la troisième fois consécutive. Pour Johann Crochet, journaliste expert du football italien et animateur du podcast Calcio et Pépé, cet échec n’est pas le fruit du hasard, mais plutôt le symptôme d’une incapacité à tirer les leçons des revers passés.

Un pessimisme justifié par l’immobilisme

Interrogé sur son ressenti avant le match décisif, Johann Crochet a exprimé un profond pessimisme. « Rien n’a changé », déplore-t-il, soulignant l’absence de réaction tangible après les deux éliminations précédentes. Cet échec est qualifié de « catastrophique », notamment pour les jeunes générations italiennes qui grandissent sans avoir vu leur équipe nationale participer à une Coupe du monde.

Le journaliste pointe du doigt l’inertie des instances dirigeantes : « Au niveau des instances, fédération, ligue italienne, ministère des Sports, rien ne bouge. » Selon lui, il est illusoire d’espérer des résultats différents sans une remise en question profonde. Le quotidien italien La Repubblica résume cette situation par une formule choc : « ce n’est pas l’échec d’un projet, c’est l’absence même de projet ».

Johann Crochet corrobore cette analyse, évoquant un manque d’idées et un conservatisme qui maintiennent le football italien dans une ère révolue, celle des années 1990 et début 2000. Il cite en exemple l’Allemagne et l’Espagne, qui ont su réformer leur système footballistique lors de périodes difficiles. « En Italie, rien ne bouge, rien ne change, on ne voit pas ce qui se fait ailleurs, on ne regarde pas ce qui se fait même dans des plus petits pays », regrette-t-il, mentionnant le travail exemplaire de la Norvège en matière de centres de formation.

Formation et encadrement : les maillons faibles

La question de la formation est souvent évoquée, mais Johann Crochet nuance. S’il reconnaît l’absence de talents individuels de la trempe d’un Francesco Totti ou d’un Roberto Baggio, il souligne que le football mondial tend vers une approche plus collectiviste, réduisant le nombre de « stars ». Le véritable enjeu réside ailleurs : « le vrai problème, c’est qu’entre la formation et l’équipe première, il faut un pont. »

Les jeunes talents italiens sont souvent repérés par de grands clubs étrangers comme le Bayern Munich, le Borussia Dortmund ou le Barça, preuve de leur potentiel. Cependant, la transition vers les équipes seniors est compliquée en Italie. Cette difficulté d’accès au haut niveau pour les jeunes footballeurs fait écho à une problématique sociale plus large en Italie, où les jeunes rencontrent des obstacles similaires sur le marché du travail.

Le management et l’encadrement sont également mis en cause. La préférence pour l’expérience au détriment de profils novateurs freine l’émergence de jeunes entraîneurs italiens prometteurs. Des techniciens comme Roberto De Zerbi ou Francesco Faioli sont contraints de s’expatrier à Marseille, Tottenham, l’Ajax ou Porto pour trouver des opportunités. « Il y a de bons jeunes, il y a de bons joueurs, il y a de bons entraîneurs. Le problème, c’est que pour chapeauter tout ça, il faut avoir des personnes compétentes. Et aujourd’hui, les dirigeants italiens ne sont pas compétents et n’ont surtout pas envie de faire bouger les choses », affirme l’expert.

Un déni de réalité aux conséquences multiples

Johann Crochet diagnostique un véritable déni de réalité au sein du football italien. Autrefois modèle de réussite, le football en Italie voit désormais ses sportifs être invités à s’inspirer d’autres disciplines. Le titre de La Gazzetta dello Sport, « Chers footballeurs, faites comme Jannik Sinner [le tennisman] ou Kimi Antonelli [le jeune pilote de Formule 1] », illustre ce changement de paradigme.

Cette désaffection se traduit aussi par des conséquences économiques et sociales. Le coût élevé de la pratique du football pour les enfants contribue à détourner les jeunes vers d’autres sports, comme le tennis, autrefois considéré comme élitiste mais désormais plus accessible. Ces facteurs combinés participent à la crise profonde que traverse le football italien.