Interrogé sur la gestion de la dette sénégalaise et la visite imminente du Fonds monétaire international à Dakar, Ousmane Sonko a livré une analyse sans détour de ses deux années à la Primature, tout en établissant des limites claires pour le gouvernement d’Al Aminou Lo. Concernant une éventuelle restructuration de la dette, le président de l’Assemblée nationale a d’abord rejeté toute approche dogmatique. « Nous ne sommes pas dans des positions absolues. Nous examinons la situation avec lucidité », a-t-il déclaré. Il a toutefois rappelé qu’en tant que Premier ministre, il s’était fermement opposé à une restructuration brutale, estimant que « les conditions n’étaient pas réunies, car le pays n’était pas en défaut et honorait ses engagements ». Une ligne qu’il entend maintenir depuis l’Assemblée. « Si une décision devait sacrifier nos objectifs de changement systémique et structurel au profit de ratios à court terme, nous la rejetterons », a-t-il averti, promettant d’utiliser « les prérogatives de l’Assemblée nationale pour dire non ».
Sur son propre bilan en matière d’endettement, Sonko a assumé sans réserve. Face aux critiques sur le recours aux bailleurs internationaux malgré ses discours sur la souveraineté économique, il a défendu la transparence. « Nous avons choisi de partir sur une base saine et de ne pas cacher les chiffres, car cela nous aurait rattrapés », a-t-il expliqué, prenant l’exemple de la crise grecque. « Dans tous les pays, la dette se refinance et se renouvelle », a-t-il ajouté, revendiquant une gestion orthodoxe des échéances.
Le sujet de la dette odieuse a été le moment le plus révélateur. Pressé de justifier pourquoi il n’avait pas exigé l’annulation pure et simple d’une dette qu’il avait qualifiée d’illégitime, Sonko a reconnu ses contraintes institutionnelles. « Je n’avais pas tous les leviers. Les pouvoirs du Premier ministre sont très limités dans ce pays », a-t-il concédé, distinguant ses positions de chef de parti de ses marges de manœuvre réelles. Il a aussi affirmé n’avoir jamais été en désaccord avec le président Diomaye Faye sur ce dossier, précisant que ce dernier lui avait « confirmé que la ligne n’avait pas changé ».
Sonko a été particulièrement attendu sur l’avenir. Reconnaissant que cette dette est « pour partie odieuse », il a appelé l’exécutif actuel au courage politique. « Il faut du courage pour poser ce débat », a-t-il lancé, espérant que le gouvernement « prendra ses responsabilités pour discuter de l’annulation d’une partie de cette dette ». Une injonction qui constitue un test de cohérence pour un pouvoir dont il était, jusqu’à récemment, l’artisan principal.
Plus d'histoires
Niger: une attaque meurtrière à Ayorou fait deux morts et un enlèvement
Abdourahamane Tiani retire la nationalité à l’activiste Mariama Djibrine dite Mayra
Ousmane Sonko replace la dette odieuse au centre des discussions