30 mai 2026

Burkina Voix

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Décentralisation et développement local au Tchad : la vision d’Albert Pahimi Padacké à l’ENA

Dans le cadre de l’initiative « Les Grands rendez-vous de l’ENA », l’École Nationale d’Administration a servi de cadre, ce vendredi 29 mai, à une conférence-débat de haut niveau. L’ancien Premier ministre et actuel sénateur, Albert Pahimi Padacké, y a exposé sa vision sur un sujet crucial pour l’avenir de la nation : « De la décentralisation dans la dynamique du développement : cas des conseils provinciaux ». L’événement a mobilisé une audience nombreuse composée d’étudiants, de futurs cadres de l’administration et de figures du paysage politique.

Fort de son expérience de chef de gouvernement et d’administrateur civil, Albert Pahimi Padacké a livré une analyse méthodique et ancrée dans les réalités du terrain. Il a d’emblée souligné l’importance cruciale de la décentralisation comme moteur du progrès local, en mettant l’accent sur la responsabilité croissante dévolue aux conseils provinciaux. Pour l’orateur, ce processus ne relève pas seulement de l’organisation administrative, mais constitue un véritable levier de transformation socio-économique.

Une trajectoire historique et législative claire

Le conférencier a rappelé que la volonté de décentraliser le Tchad n’est pas nouvelle. Ce mouvement a pris de l’ampleur dès les années 1990, porté par les aspirations démocratiques du continent et les exigences de bonne gouvernance. Cette ambition trouve sa source originelle dans les résolutions de la Conférence Nationale Souveraine de 1993, qui préconisait un État unitaire fortement décentralisé.

Cette architecture institutionnelle a été consolidée au fil des décennies, de la Constitution de 1996 jusqu’à celle de décembre 2023, instaurant la 5e République. Albert Pahimi Padacké a également mis en lumière l’arsenal juridique récent, notamment les lois organiques de 2024 portant sur le statut des collectivités autonomes et la répartition des compétences entre le pouvoir central et les entités locales.

Défis et perspectives pour une gouvernance de proximité

Malgré un cadre légal existant, le sénateur a identifié plusieurs zones d’ombre qui freinent l’efficacité des conseils provinciaux. Il a notamment pointé du doigt :

  • Le retard dans le transfert effectif des moyens financiers et humains vers les provinces.
  • Le manque de capacités techniques des agents et élus locaux.
  • Les difficultés de coordination entre les services déconcentrés de l’État et les élus provinciaux.

Pour pallier ces lacunes, Albert Pahimi Padacké préconise une application stricte du principe de subsidiarité, garantissant que les décisions soient prises au plus près des citoyens. Il a insisté sur la nécessité d’accélérer le transfert des ressources, y compris les redevances pétrolières et fiscales, pour donner aux provinces les moyens de leurs ambitions.

En s’adressant aux futurs administrateurs civils, l’ancien Premier ministre a conclu en affirmant que la réussite de ce chantier est la condition sine qua non d’un développement équilibré sur l’ensemble du territoire national. Pour lui, la décentralisation doit cesser d’être un concept théorique pour devenir une réalité tangible au service des populations.