11 juin 2026

Burkina Voix

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Crise des libertés au Mali : l’ombre de l’arbitraire plane sur la transition

Au Mali, l’inquiétude grandit alors que cela fait désormais un mois que Mountaga Tall, figure du barreau et ancien ministre, demeure introuvable. Enlevé par les services de la Sécurité d’État, ce défenseur des principes démocratiques est maintenu au secret, en dehors de toute procédure légale. Son fils ainsi que plusieurs militants, gradés de l’armée et dignitaires religieux ont subi le même sort, dans la foulée des offensives violentes lancées fin avril par les insurgés du Jnim et les mouvements du FLA.

Mamadou Ismaïla Konaté, à Bamako, le 18 octobre 2017.

L’instrumentalisation de la lutte antiterroriste

Face à cette situation, Mamadou Ismaïla Konaté, ancien garde des Sceaux et opposant notoire au régime militaire en place à Bamako, tire la sonnette d’alarme. Pour lui, l’argument sécuritaire ne peut justifier l’effondrement de l’État de droit. « L’arbitraire total s’est installé », dénonce-t-il, soulignant qu’un camp militaire ne saurait se substituer à un tribunal. Le refus des autorités de permettre une assistance médicale ou juridique à Mountaga Tall, malgré les protestations du barreau, marque une escalade inquiétante dans la répression.

Une justice malienne sous pression

Le climat judiciaire au Mali interpelle. Alors que l’ancien Premier ministre Moussa Mara a été condamné à une peine de prison ferme pour une simple publication sur les réseaux sociaux, les appels à la violence émanant des soutiens de la transition restent impunis. Cette dualité laisse transparaître une magistrature qui semble s’être effacée devant le pouvoir en place. Mamadou Ismaïla Konaté exhorte les juges à se souvenir qu’ils servent la nation et non un régime éphémère, les invitant à ne pas céder à la peur.

Le dilemme de l’opposition et l’ombre de 2012

Malgré sa critique acerbe du pouvoir actuel, l’ancien ministre de la Justice refuse de rejoindre la Coalition des forces pour la République (CFR) menée par l’imam Dicko. Il justifie ce choix par un refus catégorique de s’allier à ceux qui rappellent les heures sombres de 2012, marquées par les exactions des groupes extrémistes dans le nord du pays. Pour lui, aucune union nationale ne peut se faire sans une adhésion stricte aux valeurs républicaines et une condamnation sans équivoque des actes terroristes passés et présents.

Souveraineté ou dérive autoritaire ?

Interrogé sur le discours des régimes de l’AES (Mali, Niger, Burkina Faso) qui assimilent toute opposition à une trahison nationale, Konaté rétorque avec fermeté. Il rejette l’étiquette d’ennemi de la nation, affirmant que le véritable patriotisme consiste à défendre les libertés fondamentales. Selon lui, les véritables adversaires du pays sont ceux qui privent les citoyens de leurs droits et organisent la précarité sociale sous couvert de souveraineté.