Pourquoi la crise au Sahel menace directement l’Europe
Le gouvernement malien, soutenu par Moscou, se trouve aujourd’hui dans une position de grande fragilité après une offensive simultanée menée par des groupes jihadistes et des rebelles touaregs. Cette attaque a coûté la vie au ministre de la Défense et contraint les mercenaires russes à battre en retraite dans le nord du pays. Une telle instabilité pourrait déclencher une nouvelle vague migratoire vers l’Europe et accélérer l’effondrement sécuritaire dans toute la région du Sahel.
Une junte militaire sous pression après des assauts dévastateurs
Les attaques coordonnées de ce week-end ont révélé la vulnérabilité extrême du régime actuel. La survie même de la junte au pouvoir est désormais incertaine. Pourtant, les répercussions d’un Mali déstabilisé, aggravées par les tensions géopolitiques liées à la guerre en Iran, ne se limiteront pas à ses frontières. Elles risquent d’aggraver une crise sécuritaire déjà préoccupante dans l’une des zones les plus instables au monde.
La menace d’une propagation de l’insécurité à travers les frontières poreuses de l’Afrique de l’Ouest, y compris dans des démocraties stables comme le Sénégal et le Ghana, est bien réelle. Les populations, acculées par la misère dans des territoires laissés sans gouvernance, n’auront d’autre choix que de fuir. Cette situation s’inscrit dans un contexte déjà tendu : les chocs pétroliers liés à la guerre en Iran aggravent la crise économique du Mali, un pays enclavé incapable d’assurer ses importations. Nombre de ses habitants pourraient être contraints de chercher refuge à l’étranger.
Face à ce scénario, les pays européens doivent se préparer à une augmentation des flux migratoires en provenance du Sahel. À cela s’ajoute le contexte économique déjà difficile en Europe, où la zone euro fait face à une combinaison toxique de faible croissance et d’inflation élevée, exacerbée par les conflits au Moyen-Orient.
Des répercussions économiques et sécuritaires qui dépassent le Sahel
Même si le Sahel semble géographiquement éloigné, il n’est pas isolé. Des millions de Maliens et de Burkinabè travaillent déjà au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Dans les mois à venir, de nombreux autres pourraient rejoindre ces pays pour échapper à la crise qui sévit chez eux, intensifiant la compétition pour l’emploi. Selon l’agence européenne des frontières Frontex, les Maliens figurent déjà parmi les trois nationalités les plus représentées parmi les arrivées sur les îles Canaries, une étape clé pour les migrants en route vers l’Europe.
Le Mali est en crise depuis plus de dix ans, miné par une insurrection jihadiste, les effets dévastateurs du changement climatique sur les terres agricoles, et l’effondrement quasi total des institutions étatiques après les coups d’État de 2020 et 2021. L’instabilité persistante, combinée à l’échec des forces russes déployées après le rejet des troupes françaises et européennes, rend le court terme particulièrement sombre.
Un vide sécuritaire qui profite aux groupes criminels
Le retrait des forces russes du nord du Mali ouvre la voie à la création de camps d’entraînement pour les groupes jihadistes dans ces vastes espaces désormais vacants. Une telle expansion est particulièrement redoutée par l’Algérie. Par ailleurs, un vide gouvernemental dans le nord du pays profiterait aux trafiquants d’armes, aux passeurs de drogue et aux réseaux de traite humaine, qui transitent par le Mali et le Niger voisin avant de rejoindre la Libye et la Mauritanie, principales routes vers l’Europe.
L’insurrection ne se limite plus au Mali ou au Burkina Faso : elle gagne désormais le Bénin et le Togo, deux pays du golfe de Guinée bien plus intégrés aux échanges commerciaux mondiaux que les États enclavés du Sahel. Les groupes armés, qui opèrent avec aisance en traversant les frontières et en contrôlant une grande partie des zones rurales au Mali et au Burkina Faso, se sentent désormais en position de force pour menacer les capitales.
Si les jihadistes ne parviennent pas, pour l’instant, à prendre le contrôle de Bamako, l’incertitude plane quant à la capacité de survie du gouvernement malien. La domination du pays par les autorités se réduit désormais à la capitale. Les gouvernements d’Afrique de l’Ouest et les capitales européennes feraient bien de prêter une attention particulière à cette situation.
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