11 juin 2026

Burkina Voix

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Chute de la récolte d’anacarde dans le Bounkani : les producteurs ivoiriens en difficulté

En Côte d’Ivoire, la période de commercialisation de la noix de cajou bat son plein, mais l’heure n’est pas à l’optimisme dans toutes les régions. Si le Conseil Coton Anacarde anticipe une production nationale dépassant le million de tonnes, les prévisions globales affichent une baisse potentielle de 200 000 tonnes par rapport à la saison précédente. Dans le nord-est du pays, et plus précisément dans le Bounkani, les cultivateurs font face à une situation particulièrement critique.

Dans les environs de Bouna, le constat est sans appel pour les exploitants locaux. Kouamé Ouattara, qui gère un verger de 3 hectares, se retrouve aujourd’hui quasiment sans ressources. Alors qu’il parvenait autrefois à obtenir 500 kg par hectare, sa récolte actuelle peine à remplir deux sacs pour l’ensemble de sa propriété. Ce dernier pointe du doigt un dérèglement manifeste du cycle des précipitations.

« Habituellement, les fortes pluies de novembre et décembre favorisent la floraison des anacardiers. Cette année, l’eau s’est arrêtée dès le mois d’octobre », explique le planteur. Sans pluie durant les mois cruciaux de fin d’année et de début d’année, la floraison a avorté, condamnant irrémédiablement la campagne actuelle.

L’apiculture impactée par la crise de l’anacarde

Cette pénurie de fleurs ne touche pas seulement les producteurs de noix. Les apiculteurs, qui installent leurs ruches au cœur des plantations d’anacardiers, subissent de plein fouet les conséquences de ce manque de floraison. Koffi Ouattara, à la tête de l’association des apiculteurs de Koflangué, témoigne d’un effondrement de la production de miel. Sa récolte est passée de 100 litres l’an dernier à seulement 30 litres cette saison, représentant un manque à gagner considérable pour la communauté.

Améliorer les pratiques culturales pour plus de résilience

Si le climat est le premier responsable, des facteurs techniques aggravent également la situation. Le Dr Sibirina Soro, chercheur à l’université de Daloa et responsable du projet national de recherche sur l’anacardier, souligne que de nombreux vergers ressemblent davantage à des forêts qu’à des exploitations structurées. La densité excessive des arbres nuit à la productivité.

« Nous recommandons aux agriculteurs de réhabiliter leurs parcelles pour atteindre une densité optimale de 100 pieds par hectare », précise l’expert. En plus de la gestion de l’espace, Sibirina Soro insiste sur la formation pour contrer les insectes ravageurs. En Côte d’Ivoire, l’absence de produits chimiques dans la culture de l’anacarde rend les plantations plus vulnérables. Sans un accompagnement technique renforcé et une adaptation aux nouvelles réalités climatiques, les paysans restent exposés à des pertes massives lors des mauvaises récoltes.