26 mai 2026

Burkina Voix

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Au Niger, la junte militaire étouffe les droits humains et la démocratie

Un régime militaire en pleine dérive autoritaire

Dix-huit mois après le renversement du président Mohamed Bazoum par le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), la situation des droits humains au Niger se détériore rapidement. Le nouveau rapport d’Amnesty International révèle une escalade des violations : arrestations arbitraires, détentions illégales, restrictions médiatiques et intimidations des opposants. Intitulé « Menacés et muselés : les droits humains sous l’emprise de la junte », le document couvre la période allant de juillet 2023 à janvier 2025 et met en lumière l’effritement des libertés fondamentales.

Le CNSP, qui justifiait son coup d’État par des arguments souverainistes et sécuritaires, avait promis de respecter l’État de droit. Pourtant, les engagements internationaux du Niger sont aujourd’hui bafoués, avec un recul alarmant des droits civils et politiques.

Un état de droit en lambeaux

Dès sa prise de pouvoir, la junte a suspendu la Constitution de 2010 et dissous des institutions clés comme la Commission nationale des droits de l’homme. Le pouvoir s’exerce désormais par ordonnances, souvent restrictives, et les contre-pouvoirs institutionnels ont disparu. Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest, souligne : « Malgré les promesses des autorités, les droits humains sont systématiquement violés. Le cadre législatif recule de manière flagrante. »

Parmi les mesures les plus controversées :

  • La loi de 2019 sur la cybercriminalité, rétablie en juillet 2024, qui permet de condamner des citoyens pour diffamation ou diffusion de contenus jugés subversifs ;
  • Une ordonnance d’août 2024 élargissant la définition des infractions terroristes, incluant le fichage de personnes et groupes opposants, avec des risques de déchéance de nationalité et de gel des avoirs.

Depuis octobre 2024, 21 personnes, dont d’anciens ministres du gouvernement Bazoum, ont été ciblées. Hamid Ngadé, ancien conseiller en communication présidentielle, a déclaré : « On me menace de déchéance de nationalité. Je n’ai plus d’État de droit vers lequel me tourner. » Une situation dénoncée par Ousmane Diallo, chercheur spécialiste du Sahel : « Ces mesures privent les citoyens de leurs droits fondamentaux au nom du maintien de l’ordre. »

Le pluralisme politique a été éradiqué : les partis sont suspendus depuis le coup d’État, laissant le champ libre à une gouvernance sans contrôle démocratique.

Société civile et médias sous pression

La junte nigérienne étend son emprise sur la société civile et les médias, instaurant un climat de peur et d’autocensure. Les services de renseignement, comme la DGSE, sont accusés d’arrestations arbitraires, de disparitions forcées et de détentions prolongées sans base légale. Moussa Tchangari, militant emblématique, a été arrêté chez lui en décembre 2024 et inculpé pour apologie du terrorisme et atteinte à la sûreté de l’État, risquant jusqu’à dix ans de prison.

La junte alimente une division sociale en opposant les « patriotes » (soutiens du régime) aux « apatrides », un terme péjoratif désignant les critiques du pouvoir. Un responsable associatif à Niamey témoigne : « Nous vivons dans un état d’exception. Les organisations de la société civile sont fragmentées, terrorisées à l’idée d’organiser des activités perçues comme hostiles. »

La presse, première cible de la répression

La liberté de la presse est méthodiquement étouffée. La Maison de la presse a été suspendue en janvier 2024, remplacée par un comité inféodé au pouvoir. Plusieurs médias internationaux, comme RFI et France 24 (suspendus dès août 2023), BBC (décembre 2024) et France 24 à nouveau (janvier 2025), ont été bannis pour des motifs flous.

Les journalistes subissent harcèlement et arrestations arbitraires. Ousmane Toudou, ancien conseiller de Mohamed Bazoum, et Soumana Maïga, directeur de publication, ont été arrêtés en avril 2024 pour des publications sur les réseaux sociaux. Jugés par un tribunal militaire, Maïga a obtenu une liberté provisoire, tandis que Toudou reste détenu. Samira Sabou, blogueuse et militante, a subi une disparition forcée avant d’être poursuivie au titre de la loi sur la cybercriminalité.

Face à cette répression, l’autocensure s’impose. Un journaliste confie : « On doit peser chaque mot. Plus personne ne défend la liberté de la presse. »

Ousmane Diallo alerte : « La liberté d’expression et de la presse est indispensable à la démocratie. Le Niger est à un tournant critique. Les assises nationales de février 2025 ont proposé une transition de cinq ans, renouvelable, avec la possibilité pour la junte de se maintenir au pouvoir. Une perspective qui éloigne encore davantage le pays d’un retour à la légalité constitutionnelle. »