25 août 2026

Burkina Voix

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Afrique : les pays producteurs de minerais critiques visent l’autonomie économique

À Abidjan, les nations africaines riches en minerais critiques et leurs alliés stratégiques ont scellé une volonté commune : faire des ressources minières du continent le moteur d’une croissance économique, industrielle et sociale autonome. L’accent a été mis sur la valorisation locale, l’autofinancement du développement et l’émergence de filières régionales capables de répondre à la demande internationale en pleine expansion.

Une conférence ministérielle regroupant des responsables politiques africains et des partenaires internationaux s’est tenue à Abidjan pour repenser la place de l’Afrique dans le secteur mondial des ressources stratégiques.

Abidjan, épicentre d’un renouveau minier continental

La rencontre a rassemblé des ministres africains spécialisés dans les secteurs des Mines, de l’Énergie, de l’Industrie, de l’Économie verte et des Ressources naturelles. Ils étaient accompagnés par des représentants de la Commission de l’Union africaine, du secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, ainsi que des banques régionales de développement, d’institutions financières et d’investisseurs internationaux.

L’enjeu principal était d’exploiter pleinement les immenses réserves de minerais critiques du continent afin d’en faire un levier de développement durable et inclusif.

Un tournant décisif pour l’exploitation minière africaine

Lors de l’ouverture des débats, le président de la Banque africaine de développement (BAD), Sidi Ould Tah, a souligné la nécessité d’une refonte radicale de la gestion des ressources naturelles africaines.

« Cette conférence vise à instaurer un nouveau modèle de partenariat pour l’Afrique, lui permettant de mieux maîtriser ses ressources et d’en faire profiter directement sa population », a-t-il affirmé. Il a insisté sur l’importance de privilégier la transformation locale des matières premières pour maximiser la valeur ajoutée sur le continent. Une réforme du système de financement du développement a également été évoquée.

« L’Afrique compte plus de 100 institutions dédiées au financement du développement, mais leur impact cumulé ne représente que 1 % du bilan mondial de ces structures. Il est impératif de renforcer et de recapitaliser ces institutions », a-t-il déclaré.

Pour lui, le développement d’infrastructures durables et la création d’industries locales sont essentiels pour exploiter de manière optimale les ressources minières africaines.

La Côte d’Ivoire mise sur son potentiel minier stratégique

Le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a participé activement aux discussions. Il a souligné l’importance d’une solidarité renforcée entre les pays africains.

« Le défi est de convertir ces ressources en richesses pérennes et partagées. Bien que nos trajectoires nationales puissent différer, aucun pays ne pourra atteindre ses objectifs seul. La collaboration est indispensable pour bâtir des chaînes de valeur régionales », a-t-il expliqué.

Il a également mis en lumière le potentiel minier de la Côte d’Ivoire, révélant que près de 75 % du territoire national recèle des minerais critiques. Cette richesse s’inscrit dans la stratégie du président Alassane Ouattara, visant à faire du pays une économie à revenu intermédiaire d’ici 2030.

Pour y parvenir, Abidjan a élaboré un plan intégré de gestion des ressources minérales et énergétiques pour la période 2026-2040, évalué à 38 000 milliards de francs CFA. Ce projet, financé à 88 % par le secteur privé, vise à dynamiser l’économie ivoirienne.

Des ressources colossales face à une demande mondiale en forte hausse

L’enjeu est majeur : l’Afrique détient environ 30 % des réserves mondiales des minerais essentiels à la transition énergétique, tels que le cobalt, le lithium, le graphite, les terres rares, les métaux du groupe du platine, le cuivre, le manganèse et le nickel.

La valeur totale des ressources minérales africaines est estimée à près de 29 500 milliards de dollars, soit plus de huit fois le PIB annuel du continent et près de 20 % des réserves mondiales. Environ 8 600 milliards de dollars de ces ressources restent encore inexploitées.

Parallèlement, la demande mondiale devrait connaître une croissance exponentielle d’ici 2040. Les besoins en métaux du groupe du platine pourraient augmenter de plus de 1 000 %, ceux du lithium de 842 % et ceux du cuivre de 88 % par rapport à leur niveau de 2023.

Une opportunité historique à saisir sans délai

Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de transformation industrielle mondiale, portée par la transition énergétique. La seule filière des véhicules électriques et des batteries pourrait voir sa valeur passer de 7 000 milliards de dollars en 2030 à 59 000 milliards de dollars en 2050.

Face à cette chance exceptionnelle, les dirigeants africains réunis à Abidjan ont exprimé leur détermination à rompre avec le modèle traditionnel d’exportation de matières brutes. Leur objectif : faire des minerais critiques un levier d’industrialisation, de création d’emplois et de prospérité durable pour le continent.