Réunis à Abidjan, les États africains producteurs de minéraux stratégiques et leurs alliés internationaux ont posé les bases d’un modèle inédit : faire des ressources naturelles du continent le moteur d’une croissance économique autonome, sociale et écologique. L’ambition est double : capter davantage de valeur ajoutée localement et bâtir des filières industrielles capables de répondre à la demande mondiale, en pleine accélération.
Vendredi dernier, les ministres en charge des Mines, de l’Énergie, de l’Industrie et des Ressources naturelles de plusieurs pays africains se sont retrouvés en Côte d’Ivoire pour une conférence ministérielle dédiée à la réinvention de la gouvernance minière du continent. Y participaient également des représentants de l’Union africaine, de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, ainsi que des banques régionales, des institutions financières et des investisseurs étrangers.
Abidjan, capitale d’un nouveau contrat social minier
L’enjeu ? Permettre à l’Afrique de valoriser pleinement ses réserves colossales de minéraux critiques — lithium, cobalt, graphite, terres rares, cuivre, manganèse, nickel et métaux du groupe du platine — tout en garantissant un partage équitable des bénéfices avec les populations locales. L’objectif est clair : passer d’une logique d’exportation brute à une stratégie d’industrialisation intégrée, au service d’un développement durable et inclusif.
Un tournant décisif pour l’économie africaine
À l’ouverture des travaux, le président de la Banque africaine de développement (BAD), Sidi Ould Tah, a insisté sur la nécessité d’une refonte en profondeur de la gestion des ressources naturelles. « Cette conférence marque une rupture : il ne s’agit plus seulement d’exploiter nos minerais, mais de les transformer en opportunités concrètes pour nos citoyens. »
Il a appelé à une transformation locale systématique des matières premières pour maximiser la valeur ajoutée sur le continent. « L’Afrique compte plus de 100 institutions de financement du développement, mais leur impact cumulé ne représente que 1 % du bilan mondial. Il est urgent de renforcer et de recapitaliser ces structures pour financer nos priorités. » Pour lui, le développement d’infrastructures robustes et la création d’industries locales sont des piliers essentiels pour une exploitation minière plus rentable et pérenne.
La Côte d’Ivoire mise sur ses sous-sols pour son avenir
Le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a souligné l’importance d’une solidarité panafricaine renforcée. « Aucun pays ne peut réussir seul. La création de chaînes de valeur régionales est indispensable pour convertir nos ressources en richesses durables et partagées. »
Il a révélé que près de 75 % du territoire ivoirien recèle des gisements de minéraux stratégiques, un atout majeur pour le pays. Cette manne naturelle s’inscrit dans la vision du président Alassane Ouattara, qui vise à faire de la Côte d’Ivoire une nation à revenu intermédiaire d’ici 2030. Pour y parvenir, Abidjan a lancé un plan ambitieux couvrant la période 2026-2040, avec un budget de 38 000 milliards de francs CFA, dont 88 % financés par le secteur privé.
Un potentiel minier colossal face à une demande mondiale vertigineuse
L’Afrique détient environ 30 % des réserves mondiales des minerais clés de la transition énergétique. La valeur totale de ses ressources est estimée à 29 500 milliards de dollars, soit près de huit fois son PIB annuel et près de 20 % des réserves globales. Pourtant, 8 600 milliards de dollars de ces richesses restent inexploités.
Pendant ce temps, la demande mondiale explose : les besoins en métaux du groupe du platine pourraient être multipliés par dix d’ici 2040, ceux en lithium par plus de huit, et en cuivre de près de 90 % par rapport à 2023. Cette dynamique s’inscrit dans le cadre d’une révolution industrielle mondiale, où la filière des véhicules électriques et des batteries pourrait atteindre 59 000 milliards de dollars d’ici 2050, contre 7 000 milliards en 2030.
Une opportunité historique à saisir sans délai
Les dirigeants africains réunis à Abidjan ont clairement affiché leur détermination à rompre avec le modèle traditionnel d’exportation de matières premières brutes. Leur stratégie ? Faire des minéraux critiques un tremplin pour l’industrialisation, la création d’emplois qualifiés et une prospérité durable à l’échelle du continent.
Plus d'histoires
Négociations de paix en RDC : le gouvernement et le m23 définissent une feuille de route ambitieuse
Joseph Kabila saisit la justice américaine contre les sanctions de Washington
RDC et AFC/M23 : un nouveau mécanisme pour suivre l’accord de Doha