3 juillet 2026

Burkina Voix

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Togo : quand les mégaprojets cachent l’absence de vision durable

Au Togo, l’annonce d’un financement de 200 millions de dollars par la Banque mondiale a provoqué un vent d’optimisme autour d’un ambitieux projet ferroviaire. L’objectif affiché ? Relier le Port de Lomé à la Plateforme industrielle d’Adétikopé pour redynamiser l’économie locale et positionner le pays comme un acteur logistique majeur en Afrique de l’Ouest. Pourtant, derrière cette vitrine prometteuse se dissimule un scénario bien moins reluisant.

Des infrastructures conçues pour séduire les bailleurs, pas pour durer

Le gouvernement togolais mise sur des infrastructures spectaculaires pour renforcer son image auprès des institutions financières internationales. En affichant une volonté de modernisation, Faure Gnassingbé cherche à crédibiliser son administration auprès des partenaires comme la Banque mondiale. Pourtant, les réalités économiques et techniques de ce projet soulèvent des questions fondamentales.

Ce tronçon ferroviaire, long d’à peine 30 kilomètres, soulève des doutes sur sa viabilité. En effet, les ruptures de charge nécessaires entre rail et route pourraient alourdir les coûts logistiques, rendant le transport moins efficace qu’un simple transit par camion. Malgré cette incohérence, le projet a obtenu le feu vert des bailleurs, mais son utilité réelle reste sujette à caution.

Un appareil administratif sous perfusion de compétences

La réussite d’un projet d’une telle envergure repose avant tout sur la qualité de sa gestion. Or, au Togo, l’administration peine à convaincre. Les postes clés sont souvent attribués sur des critères politiques ou relationnels plutôt que sur l’expertise, créant un terreau fertile pour l’inefficacité et la corruption.

Les cadres en place, parfois sous-qualifiés ou dotés de compétences inadaptées, peinent à répondre aux exigences des financeurs internationaux. Sans ingénieurs expérimentés ni gestionnaires indépendants, les 200 millions de dollars risquent de s’évaporer dans des circuits de détournement ou des dépenses superflues, compromettant la qualité des infrastructures.

Une dette qui pourrait devenir un fardeau insoutenable

Ce projet, financé à crédit, s’ajoute à la dette publique du Togo. Si les rails ne sont pas entretenus ou si les transporteurs refusent de les utiliser en raison de coûts prohibitifs, le pays se retrouvera avec une infrastructure inutile et une dette bien réelle. Les contribuables togolais devront alors assumer les conséquences d’une stratégie basée sur l’affichage plutôt que sur la durabilité.

Réformer les hommes avant de construire les rails

Le gouvernement togolais a prouvé sa capacité à séduire les bailleurs de fonds, mais l’argent ne suffit pas à garantir le développement. Tant que l’administration reste prisonnière du clientélisme et de l’incompétence, les mégaprojets risquent de se transformer en gouffres financiers. Avant de lancer de nouveaux chantiers, une réforme en profondeur de la gouvernance s’impose pour éviter que le pays ne s’enlise dans une spirale d’endettement sans retour.