18 juin 2026

Burkina Voix

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Togo : espionnage privé et dérive journalistique autour de l’affaire Yatom

L’affaire de surveillance de masse qui secoue le Togo franchit une nouvelle étape dans le grand déballage politico-médiatique. Le journaliste Thomas Dietrich accuse ouvertement le président Faure Gnassingbé de collaborer avec la famille Yatom, dont le patriarche Dany Yatom, ancien patron du renseignement israélien, dirige une société d’espionnage privée. Ces révélations lèvent le voile sur des liens dangereux, mais interrogent aussi sur les méthodes employées pour les porter au grand jour. Entre un régime qui privatise sa sécurité et un journalisme de l’immédiateté qui mise sur le spectacle, c’est tout un système qui se fissure.

Faure Gnassingbé et la privatisation de la sécurité d’État

L’accusation ne se limite plus à de simples soupçons technologiques : elle décrit une véritable barbouzerie d’État. En confiant une partie de la sécurité et des écoutes à la famille Yatom, Faure Gnassingbé franchit un cap critique. Faire appel à d’anciens hauts gradés du renseignement israélien pour verrouiller l’espace public togolais révèle une obsession sécuritaire poussée à l’extrême.

Cette collaboration avec des officines privées étrangères ne relève d’aucune nécessité de défense nationale. Elle s’inscrit dans la tradition des régimes dynastiques aux abois, prêts à tout pour traquer les opposants, surveiller la société civile et maintenir un pouvoir vieux de près de soixante ans. Après le scandale mondial du logiciel Pegasus, ce partenariat présumé avec le clan Yatom montre que Lomé a institutionnalisé l’espionnage de ses propres citoyens. En remettant le destin sécuritaire du Togo entre des mains privées extérieures, le pouvoir piétine la souveraineté nationale pour assurer sa seule survie politique.

Thomas Dietrich, entre enquête et mise en scène

Plus le scandale est grave, plus l’enquête doit être irréprochable. C’est là que la démarche de Thomas Dietrich prête le flanc à la critique. En livrant des noms aussi sensibles que ceux de l’appareil sécuritaire israélien, le journaliste privilégie trop souvent les codes du clash et du buzz sur les réseaux sociaux au détriment d’un formalisme rigoureux propre au grand reportage.

Lancer des accusations de cette ampleur sur des plateformes numériques sans publier simultanément les preuves matérielles – contrats, flux financiers, organigrammes officiels ou documents fuités – affaiblit la portée des révélations. Connu pour ses méthodes de justicier solitaire et la mise en scène permanente de ses démêlés avec les dictatures africaines, Dietrich flirte constamment avec un journalisme d’ego. Le danger est immédiat : en misant sur le sensationnalisme, il offre au pouvoir de Lomé l’occasion idéale de balayer l’affaire en criant au complot médiatique occidental. Ce faisant, il dessert la cause des journalistes et activistes togolais qui, sur le terrain, risquent leur vie pour documenter ces mêmes dérives avec une rigueur silencieuse.

Un duel qui dessert le peuple togolais

Au bout du compte, le palais de Lomé et le reporter de Françafrique s’alimentent mutuellement. Faure Gnassingbé utilise les attaques frontales des journalistes expatriés pour agiter le chiffon rouge de la déstabilisation étrangère et justifier le tour de vis sécuritaire. De son côté, Thomas Dietrich trouve dans la figure du dictateur ultra-connecté le parfait antagoniste pour nourrir ses audiences et façonner sa posture de chevalier blanc de l’information.

Pendant que ce duel se joue sous les projecteurs des réseaux sociaux, une victime reste dans l’ombre : le peuple togolais. Surveillés par des technologies étrangères, privés de débats démocratiques sains, les citoyens subissent la dure réalité d’un État policier. La lutte pour la transparence et les libertés au Togo ne peut se satisfaire ni des liaisons secrètes d’un pouvoir paranoïaque, ni du cirque virtuel d’un journalisme de l’émotion. Elle exige des faits froids, des preuves indéboulonnables, et une dignité que les deux protagonistes semblent parfois oublier.