15 juillet 2026

Burkina Voix

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Tensions politiques à Kinshasa après l’appel de la C64

Tensions politiques à Kinshasa après l’appel de la C64 : Kabuya et Mbata s’affrontent

Une nouvelle crise politique secoue la République démocratique du Congo (RDC) à quelques jours d’une marche prévue par la Coalition article 64 (C64) pour défendre l’ordre constitutionnel. Les figures de proue de la majorité présidentielle, Augustin Kabuya et André Mbata, s’opposent publiquement sur la stratégie à adopter face à cette mobilisation.

La C64 et la marche du 22 juillet

La C64, qui regroupe des partis d’opposition et de la société civile, a annoncé une manifestation nationale prévue le 22 juillet 2026 à Kinshasa. L’objectif affiché est de réclamer la démission du président Félix Tshisekedi, accusé de « trahison de son serment constitutionnel » après avoir évoqué une révision de la Constitution de 2006. Les organisateurs exigent également le maintien de l’ordre constitutionnel en vigueur.

Cette initiative a ravivé les tensions au sein de l’Union sacrée de la nation (USN), la plateforme politique soutenant le chef de l’État, qui se déchire entre partisans d’une mobilisation et ceux prônant une ligne prudente.

Mbata vs Kabuya : une guerre de communiqués

Alors que la date de la marche approche, les divergences au sein de la majorité deviennent explosives. André Mbata, député national et secrétaire permanent de l’USN, a lancé un appel solennel à ses collègues pour qu’ils organisent une contremarche dans toutes les provinces de la RDC et à l’étranger. Depuis Yaoundé, où il mène une mission parlementaire, il a dénoncé une tentative de « coup d’État » contre la nation, estimant que ceux qui s’opposent à la marche « déni[ent] au peuple souverain le droit d’exercer sa souveraineté ».

Dans un communiqué publié mardi 13 juillet, Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS (parti au pouvoir) et membre du présidium de l’USN, a immédiatement réagi. Il a appelé les membres de l’UDPS à rester à leurs occupations le jour de la manifestation de l’opposition, qualifiant la marche de « non prévue » et invitant à éviter les itinéraires empruntés par les opposants. Son message, perçu comme une tentative de démobilisation, a été vivement critiqué par Mbata.

« L’USN, qui regroupe plus de 900 partis, regroupements politiques et associations, ne saurait être réduite à l’une de ses composantes », a déclaré Mbata dans une réponse cinglante. Il a accusé Kabuya d’avoir fait une « déclaration politiquement incorrecte » et a souligné que seuls les communiqués émanant du secrétaire permanent de l’USN engagent légitimement la plateforme politique du président Tshisekedi.

Mbata a également fustigé le silence de l’USN face à ce qu’il qualifie de « manœuvre des ignorants de la Constitution » visant à déstabiliser le régime. Pour lui, les membres de l’USN doivent ignorer toute communication en dehors de celle officiellement validée par le secrétariat permanent.

Un conflit aux racines profondes

Cette rivalité n’est pas nouvelle. En 2024, Mbata avait déjà pris ses distances avec Kabuya lors d’une crise interne à l’UDPS, soutenant un autre candidat lors de l’élection du gouverneur du Sankuru en avril 2026. À cette occasion, Mbata avait présenté Jules Lodi Emongo comme le représentant de l’USN, contre le candidat soutenu par Kabuya. Cette opposition avait abouti à la victoire de Lodi Emongo, marquant une humiliation pour le secrétaire général de l’UDPS, qui avait alors demandé à ses militants de cesser de verser leurs cotisations à Mbata.

Ces tensions internes au sein de l’USN révèlent une crise de leadership et des divisions persistantes, alors que le pays se prépare à des élections cruciales en 2028. Avec la fin du deuxième mandat de Félix Tshisekedi qui approche, les luttes de pouvoir au sein de la majorité s’intensifient, mettant en lumière les fragilités d’une alliance politique déjà fragilisée.

Illustration : Manifestation de l’opposition dispersée par la police (crédit image : archives).

Contexte électoral et enjeux

La marche du 22 juillet s’inscrit dans un contexte électoral tendu. La C64, qui regroupe des figures de l’opposition comme Moïse Katumbi et Martin Fayulu, cherche à mobiliser la population contre ce qu’elle considère comme une tentative de modification de la Constitution pour permettre à Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat. Cette démarche est perçue comme une violation de l’accord de 2006, qui limite le nombre de mandats présidentiels.

Pour Kabuya, l’objectif est d’éviter toute escalade qui pourrait déstabiliser davantage un pays déjà fragilisé par des conflits armés et des crises économiques. Cependant, ses appels à la modération peinent à convaincre une partie de l’USN, dont les membres, comme Mbata, estiment que le silence équivaudrait à une complicité passive avec ce qu’ils qualifient de « dérive autoritaire ».

Réactions et conséquences

Les observateurs politiques s’interrogent sur les conséquences de cette division au sein de la majorité. Une telle fragmentation pourrait affaiblir la position de Félix Tshisekedi face à l’opposition et à la communauté internationale, alors que la RDC cherche à stabiliser sa situation sécuritaire et économique. Par ailleurs, cette crise interne pourrait également affecter la crédibilité de l’USN en tant que force politique unie, alors que le pays s’achemine vers une période électorale décisive.

En définitive, l’affrontement entre Kabuya et Mbata illustre les défis structurels auxquels est confrontée la RDC : une classe politique divisée, des institutions fragilisées et une population de plus en plus méfiante envers ses dirigeants. La marche du 22 juillet pourrait ainsi devenir un tournant, non seulement pour l’avenir du président Tshisekedi, mais aussi pour la stabilité politique du pays.