Depuis plus de trois décennies, la scène politique tchadienne semble figée dans une répétition tragique. Si les acteurs évoluent, passant d’une génération à l’autre au sein d’une même lignée, la réalité du terrain reste marquée par une violence persistante. Dans ce pays, les affrontements entre communautés ne sont pas simplement des accidents de parcours, mais semblent faire partie d’une mise en scène où l’on privilégie le spectacle de l’intervention à la solidité d’une justice impartiale.
Le théâtre des interventions officielles face aux réalités locales
Dès qu’une tension éclate autour d’un pâturage ou d’un point d’eau, le protocole étatique se met en marche avec une précision millimétrée. On voit défiler des délégations de haut rang, des missions de médiation en grande pompe et des discours moralisateurs. Cependant, une fois que les cortèges de véhicules tout-terrain ont quitté les lieux, le vide s’installe à nouveau. Cette stratégie de l’urgence permanente est onéreuse. Les fonds engloutis dans ces déplacements présidentiels ou ces missions de pacification éphémères pourraient financer la construction de milliers de puits modernes à travers le Tchad.
En transformant une ressource rare en un bien accessible à tous, l’État pourrait tarir la source des conflits. Pourtant, bâtir des infrastructures durables reviendrait à supprimer le rôle de « sauveur » que le pouvoir affectionne tant. On maintient ainsi les populations dans une dépendance vis-à-vis d’une autorité qui préfère éteindre des incendies plutôt que d’empêcher qu’ils ne s’allument.
Une justice affaiblie au profit de l’arbitraire
Dans un État de droit fonctionnel, les litiges de voisinage ne nécessitent pas l’intervention directe du sommet de l’État, car les institutions locales et les tribunaux jouent leur rôle. Au Tchad, le pouvoir politique a méthodiquement réduit l’indépendance du système judiciaire. Une magistrature forte représenterait un contre-pouvoir gênant pour ceux qui s’appuient sur l’arbitraire pour diriger.
En empêchant les tribunaux de trancher les différends de manière neutre et efficace, les citoyens sont poussés à se rendre justice eux-mêmes. Perdre la vie pour l’accès à un puits en plein XXIe siècle n’est pas une malédiction, mais la conséquence directe d’une absence volontaire d’institutions solides. Cette situation illustre une faillite de la politique Tchad, où la gestion de crise est privilégiée au détriment de la construction d’une nation stable et prospère.
Plus d'histoires
Ousmane Sonko replace la dette odieuse au centre des discussions
Accord entre le fmi et le Niger pour un décaissement de 17,8 milliards de fcfa
Ousmane Sonko temporise sur la présidentielle de 2029