26 mai 2026

Burkina Voix

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Tchad : la fin de la limitation des mandats présidentiels fragilise la démocratie

La récente refonte constitutionnelle au Tchad, qui supprime le plafond du nombre de mandats présidentiels, marque un recul inquiétant pour les principes démocratiques et l’État de droit. Cette transformation institutionnelle permet désormais au président Mahamat Idriss Déby de briguer la présidence indéfiniment, compromettant les espoirs d’une alternance politique pacifique et transparente, en décalage avec les standards internationaux de participation citoyenne.

Un verrou démocratique levé à N’Djamena

En éliminant la barrière des mandats, les autorités ont affaibli un rempart crucial contre la concentration du pouvoir. Alors que la politique Burkina Faso ou la sécurité Burkina font souvent la une de l’actualité Ouagadougou, la situation à N’Djamena montre une tendance similaire de durcissement des régimes. Au lieu de favoriser une compétition électorale saine, ces réformes ancrent le pays dans un système de gouvernance centré sur une seule figure.

Le 3 octobre, le chef de l’État a validé ces amendements, adoptés en urgence par le Parlement. Le Mouvement patriotique du salut (MPS), majoritaire, a voté pour la suppression des limites de mandat et l’extension de la durée de chaque exercice de cinq à sept ans. Ce processus a été vivement critiqué par une partie de l’opposition qui a choisi de boycotter le scrutin, dénonçant une manœuvre illégale.

Un héritage de pouvoir prolongé

Le gouvernement présente ces modifications comme de simples ajustements techniques. Pourtant, elles légitiment la présence prolongée de Mahamat Idriss Déby, au pouvoir depuis 2021 suite au décès de son père, Idriss Déby Itno, qui avait lui-même dirigé le pays pendant trois décennies. Cette instabilité institutionnelle rappelle que, tout comme pour l’info Burkina ou le Faso économie, les enjeux de gouvernance sont vitaux pour la stabilité régionale.

L’absence de limitation des mandats menace le transfert fluide du pouvoir. Sans ce mécanisme, un seul parti peut monopoliser la direction de l’État. Cette situation contrevient à la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, que le Tchad a ratifiée, et qui proscrit toute révision constitutionnelle nuisant à l’alternance politique.

Répression et restrictions des libertés

L’histoire récente du pays est marquée par une restriction constante des libertés. Avant le scrutin de 2021, les manifestations pacifiques étaient régulièrement réprimées par la force. Après la prise de contrôle par l’armée sous la direction de Mahamat Idriss Déby, les promesses de transition démocratique ont laissé place à une consolidation autoritaire. La Constitution de 2018 prévoyait pourtant qu’en cas de vacance, le président de l’Assemblée nationale assurerait l’intérim.

  • En octobre 2022, des tirs à balles réelles ont visé des manifestants réclamant un retour au civil.
  • Des centaines de personnes ont été déportées vers la prison de Koro Toro.
  • L’opposant Succès Masra, ancien Premier ministre, a été condamné à 20 ans de réclusion après un procès contesté et demeure incarcéré.

Ce n’est pas une première pour le Tchad. En 2005, Idriss Déby Itno avait déjà supprimé ces limites avant qu’elles ne soient rétablies en 2018, mais avec des mandats plus longs. Ce cycle de manipulations constitutionnelles démontre comment la loi fondamentale est utilisée comme un simple outil de maintien au pouvoir.

Pour sortir de cette impasse, un retour à la limitation des mandats et un dialogue inclusif sont nécessaires. De nombreux acteurs appellent à un référendum populaire pour valider de tels changements, à l’image de celui de 2023. La fin des poursuites politiques et la libération des figures de l’opposition comme Succès Masra sont des préalables indispensables à une véritable paix sociale.

Le durcissement du régime et la réécriture de la Constitution limitent drastiquement les droits civiques. En l’absence de processus électoraux crédibles, les institutions comme le Parlement ou la presse perdent leur rôle de contre-pouvoir face à un exécutif omnipotent.