11 mai 2026

Tchad frappes jihadistes sur le lac Tchad bilan lourd pour les pêcheurs

Des soldats tchadiens en patrouille sur le lac Tchad

Depuis trois jours, des dizaines de pêcheurs nigérians sont portés disparus, probablement morts, après des frappes aériennes de l’armée tchadienne visant des groupes jihadistes sur le lac Tchad, dans le nord-est du Nigeria. C’est ce qu’ont rapporté des témoins, dont des membres d’un groupe d’autodéfense, dimanche 10 mai.

« Il est actuellement impossible d’établir un bilan précis, car les opérations militaires se poursuivent toujours », a confié l’un d’eux sous anonymat.

Les avions de chasse tchadiens ciblent depuis vendredi des îles contrôlées par Boko Haram, près de la frontière avec le Tchad. Ces frappes font suite à l’attaque perpétrée le 4 mai contre une base militaire tchadienne, qui a coûté la vie à au moins 24 soldats et blessé plusieurs autres.

Un bilan humain dramatique pour les pêcheurs locaux

Les bombardements ont occasionné de lourdes pertes parmi les pêcheurs nigérians opérant dans cette zone, souvent avec l’aval de Boko Haram. Ces derniers doivent s’acquitter d’un « impôt » pour accéder aux eaux poissonneuses, sous contrôle des jihadistes. Les raids visaient principalement l’île de Shuwa, un carrefour stratégique où se rejoignent les frontières du Nigeria, du Niger et du Tchad. Ce territoire, bastion de Boko Haram, est également un important site de pêche attirant des professionnels de toute la région.

Un responsable syndical a révélé que « 40 pêcheurs nigérians sont toujours portés disparus et très probablement morts, noyés à la suite des frappes ». Ses déclarations s’appuient sur les témoignages de rescapés ayant réussi à fuir la zone.

Adamu Haladu, pêcheur originaire de Baga, a confirmé ces informations : « De nombreuses personnes ont péri. La majorité des victimes habitent Doron Baga, sur les rives nigérianes du lac, ou viennent de l’État de Taraba. Il est de notoriété publique que les pêcheurs nigérians versent une somme à Boko Haram pour accéder à ces îles isolées, réputées pour leur richesse halieutique. »

Une série de bavures militaires préoccupantes

À ce jour, l’armée tchadienne n’a pas réagi officiellement. Pourtant, ce n’est pas la première fois que des civils sont pris pour cible lors d’opérations antijihadistes.

En octobre 2024, des frappes de représailles contre Boko Haram sur l’île de Tilma avaient déjà causé la mort de dizaines de civils. L’objectif initial était de riposter à l’assassinat de 40 soldats tchadiens, mais des témoins avaient dénoncé des victimes innocentes. L’armée tchadienne avait alors nié toute implication dans des pertes civiles.

L’insurrection de Boko Haram a déjà fait plus de 40 000 morts et déplacé plus de deux millions de personnes dans le nord-est du Nigeria, selon l’ONU. Depuis 2009, le lac Tchad, vaste étendue partagée entre le Nigeria, le Cameroun, le Niger et le Tchad, est devenu un foyer d’activité pour les groupes jihadistes, abritant aussi bien des combattants de Boko Haram que ceux de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP).

Pour lutter contre cette menace, le Nigeria, le Tchad, le Cameroun et le Niger avaient relancé en 2015 la « force multinationale mixte », créée en 1994. Cependant, le Niger a quitté cette coalition en 2025.