11 mai 2026

Crise au Mali : les revendications touaregs, clé d’une paix durable

Contexte : une crise sécuritaire aggravée par l’inaction

Le Mali traverse depuis plusieurs années une crise sécuritaire de plus en plus alarmante. Fin avril 2026, des attaques coordonnées ont frappé plusieurs villes, causant la mort du ministre de la Défense Sadio Camara et de nombreux soldats. Ces événements s’inscrivent dans une recrudescence des violences contre l’armée et les institutions étatiques, observable depuis plusieurs années.

Nos analyses, menées depuis plus d’une décennie sur les dynamiques politiques et sécuritaires en Afrique de l’Ouest et au Sahel, révèlent que ces attaques trouvent leur origine dans les griefs profonds et persistants des communautés touaregs du nord du Mali. Ces dernières dénoncent un manque de réponses concrètes de la part du régime militaire actuel.

Les trois racines du conflit touareg au Mali

Plusieurs facteurs expliquent l’escalade actuelle. Premièrement, l’incapacité de l’État malien à répondre aux revendications des Touaregs, qui réclament une meilleure reconnaissance culturelle, une autonomie politique et un partage équitable des ressources naturelles. Ces communautés nomades, marginalisées depuis des décennies, subissent une négligence structurelle de la part des autorités. Deuxièmement, l’usage systématique de la force par l’armée malienne contre les groupes rebelles dans le nord. Cette stratégie, souvent brutale, engendre des victimes civiles et renforce le sentiment d’injustice parmi les populations locales. Troisièmement, la marginalisation économique persistante du nord du Mali. Les richesses locales — or, sel, pâturages et corridors commerciaux — sont contrôlées par le sud, privant le nord de ressources essentielles pour son développement. Cette inégalité nourrit un ressentiment profond et durable.

Une marginalisation économique aux conséquences dramatiques

Résoudre cette crise économique pourrait apporter plusieurs bénéfices majeurs. Cela permettrait :

  • d’apaiser les tensions avec les Touaregs ;

  • de restaurer la confiance dans l’État malien ;

  • de transformer le conflit en une dynamique d’inclusion politique et de stabilité régionale.

Retour sur les événements récents : une alliance explosive

En avril 2026, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), une faction djihadiste, s’est allié avec le Front de libération de l’Azawad (FLA), un mouvement touareg indépendantiste, pour mener des attaques dans plusieurs villes maliennes. Cette alliance rappelle celle observée en 2012, lorsque les Touaregs et des groupes affiliés à Al-Qaïda avaient lancé une insurrection contre l’État, déclenchant une rébellion menée par le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA).

Le MNLA, fondé en 2011 et composé majoritairement de Touaregs et d’anciens combattants revenus de Libye, comptait jusqu’à 10 000 membres en 2012. Bien que peu équipé militairement, il a réussi à chasser les forces maliennes de plusieurs villes clés avant de s’allier avec des groupes islamistes mieux armés, comme Ansar Dine et Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).

Cette alliance, bien que temporaire, a permis aux groupes islamistes de prendre le contrôle de villes comme Gao, Tombouctou et Kidal. L’intervention des forces françaises en 2013 a cependant permis au gouvernement malien de reprendre la plupart de ces territoires. Depuis leur repli dans les zones montagneuses et désertiques, ces groupes ont adopté des tactiques de guérilla, multipliant les attentats-suicides et les attaques aux mines terrestres.

Un retrait militaire aux conséquences lourdes

Le départ des forces françaises en 2022 a créé un vide sécuritaire au Mali, exacerbant les tensions locales. Ce retrait a affaibli les capacités antiterroristes, perturbé les services de renseignement et favorisé la résurgence des groupes islamistes. Ces derniers ont pu étendre leur influence, recruter massivement et reprendre le contrôle de certaines zones.

Les leçons non tirées par le régime malien

Le régime militaire actuel, dirigé par Assimi Goïta, n’a pas su répondre aux revendications des Touaregs. Depuis l’indépendance du Mali en 1960, ces derniers dénoncent une exclusion systématique du pouvoir et des décisions politiques. Leur quête d’autonomie ou de décentralisation a souvent été réprimée par la force, alimentant un sentiment de frustration et de colère.

Les changements climatiques aggravent également la situation. La sécheresse, la désertification et la variabilité climatique ont anéanti les moyens de subsistance des pasteurs touaregs, un problème bien antérieur à l’insurrection djihadiste. Ces défis environnementaux, couplés à l’absence de solutions durables, renforcent le mécontentement des populations.

L’impact des opérations antiterroristes sur les civils

Les opérations militaires menées dans le nord et le centre du Mali ont souvent causé des dégâts collatéraux importants. Des analyses récentes montrent que ces actions ont entraîné des déplacements massifs de populations, des arrestations arbitraires et des massacres. Ces violences ont été exploitées par les groupes islamistes pour recruter de nouveaux membres et étendre leur contrôle territorial.

Le rôle des inégalités économiques

Depuis l’indépendance, les investissements publics et les infrastructures se concentrent dans le sud du Mali, laissant le nord dans un état de sous-développement chronique. Les accords de paix passés promettent une décentralisation et un financement accru des régions du nord, mais leur mise en œuvre reste très limitée. Ces inégalités structurelles alimentent les tensions et favorisent les recrutements par les groupes armés.

Une issue possible ? Inspirations du Niger

Pour sortir de cette impasse, le Mali pourrait s’inspirer des mesures prises par l’ancien président nigérien Mahamadou Issoufou. Avant son élection en 2011, les Touaregs du Niger étaient également marginalisés. Une fois au pouvoir, Issoufou a mis en place plusieurs réformes pour intégrer les élites touaregs et les anciens rebelles dans les institutions de l’État. Il a également décentralisé l’autorité en accordant un contrôle administratif et budgétaire aux régions, tout en lançant des programmes de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR).

Issoufou a également investi dans des infrastructures ciblées pour répondre aux besoins spécifiques des Touaregs : amélioration de l’accès à l’eau dans les zones pastorales, renforcement des routes pour faciliter les échanges commerciaux, et soutien aux moyens de subsistance. Ces mesures ont permis de réduire significativement les tensions dans la région.

Pourquoi cette approche pourrait fonctionner au Mali

Appliquer une stratégie similaire au Mali permettrait de s’attaquer aux racines du conflit :

  • répondre aux revendications politiques et économiques des Touaregs ;

  • réduire les inégalités structurelles ;

  • restaurer la confiance dans l’État.

Bien que les acteurs touaregs aient commis des erreurs en s’alliant avec des groupes djihadistes, il est essentiel de traiter les causes profondes de leur mécontentement pour éviter une nouvelle escalade de la violence.