26 mai 2026

Burkina Voix

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Tchad 2025 : une année marquée par la crispation politique et les violences

Principaux événements

En 2025, le pouvoir du président Mahamat Idriss Déby s’est considérablement renforcé. Suite à une élection présidentielle en 2024 contestée par l’opposition pour ses irrégularités, des réformes constitutionnelles ont été adoptées. Celles-ci ont non seulement porté la durée du mandat présidentiel de cinq à sept ans, mais ont aussi aboli la limitation du nombre de mandats. Cette situation offre théoriquement à Mahamat Idriss Déby la possibilité de se maintenir à la tête du pays sans limite de temps, à condition de convoquer des élections tous les sept ans.

L’environnement de travail pour l’opposition politique est devenu de plus en plus contraint. Figure de proue de la contestation lors du scrutin de 2024, Succès Masra a été appréhendé et condamné à une peine de vingt ans de prison. De nombreux militants, des membres de son parti politique ainsi que des journalistes ont également été la cible d’actes d’intimidation et d’arrestations.

Depuis trois ans, toute discussion sur la justice concernant les exactions commises lors des manifestations d’octobre 2022 est entravée par une loi d’amnistie qui assure l’impunité aux responsables.

Les tensions intercommunautaires ont persisté en 2025 dans le sud et l’est du Tchad, se traduisant par des violences meurtrières. Ces affrontements, opposant principalement éleveurs et communautés agricoles sédentaires, ont provoqué des dizaines de morts au cours de plusieurs incidents. Les déplacements de populations qui en ont résulté, ajoutés au conflit au Soudan voisin, ont mis les capacités d’aide humanitaire à rude épreuve. Le pays a continué d’accueillir des flux de réfugiés soudanais, tandis que les inondations survenues entre fin 2024 et début 2025 ont exacerbé une situation d’insécurité alimentaire déjà préoccupante.

Le dossier des réparations destinées aux victimes des abus commis sous le régime de l’ancien président Hissène Habré a connu peu d’avancées en 2025. Les versements partiels effectués en 2024 étaient bien en deçà des montants fixés par la justice.

Violences dans le sud et l’est

Bien que les autorités aient annoncé des mesures pour s’attaquer aux racines des conflits violents entre éleveurs peuls nomades et agriculteurs locaux, telles que la clarification des titres fonciers et la définition des couloirs de transhumance, leur efficacité reste à démontrer. En effet, l’année 2025 a été témoin d’une recrudescence de ces affrontements dans le sud et l’est du Tchad.

En mai, le village de Mandakao, dans la province du Logone-Occidental, a été le théâtre d’affrontements liés à des différends sur les limites entre pâturages et terres agricoles. Le bilan officiel fait état d’au moins 41 morts et six blessés. Selon les médias, le conflit a pour origine une délimitation foncière contestée, les agriculteurs accusant les éleveurs d’empiéter sur leurs parcelles, tandis que ces derniers invoquent l’absence de balisage clair.

Dans le sud, à Orégomel, dans la province du Mayo-Kebbi Ouest, des violences ont éclaté en juin lorsque des disputes entre éleveurs et agriculteurs ont dégénéré en attaques à la machette, causant la mort d’au moins 17 personnes, y compris des femmes et des enfants. Simultanément, à Molou, dans la province orientale du Ouaddaï, des affrontements intertribaux à la mi-juin ont fait une vingtaine de morts et au moins seize blessés.

Les violences survenues près de Mandakao, Orégomel et Molou illustrent une tendance plus large à l’augmentation des conflits entre agriculteurs et éleveurs, une situation aggravée par la pression démographique, la réduction des terres arables et les contraintes liées au climat.

Espace politique

Le 16 mai, Succès Masra, ancien Premier ministre et chef du parti d’opposition Les Transformateurs, a été arrêté dans la capitale, N’Djamena. Il était suspecté d’être lié aux violences intercommunautaires meurtrières de Mandakao.

Accusé d’incitation à la haine, à la xénophobie et de complicité de meurtre via les réseaux sociaux, il a été jugé aux côtés de dizaines d’autres personnes et a plaidé non coupable. Le 9 août, il a été déclaré coupable et condamné à une peine de vingt ans d’emprisonnement, assortie d’une amende d’un milliard de francs CFA (environ 1,8 million de dollars US). Ses coaccusés ont écopé de peines similaires pour des chefs d’accusation analogues.

Cette arrestation à caractère politique et le procès expéditif qui a suivi ont eu pour effet de neutraliser l’opposition et de réduire au silence toute voix dissidente. De plus, son interpellation et sa condamnation violent l’accord de Kinshasa d’octobre 2023, qui avait non seulement suspendu un mandat d’arrêt à son encontre, mais lui garantissait également, ainsi qu’à ses partisans, le droit de revenir d’exil et de mener librement ses activités politiques.

Amendements constitutionnels

En septembre 2025, l’Assemblée nationale du Tchad a validé des amendements constitutionnels majeurs. Ces changements portent la durée du mandat présidentiel de cinq à sept ans et suppriment toute limite au nombre de mandats, faisant ainsi disparaître les garde-fous qui encadraient auparavant la présidence.

Le vote, qui s’est déroulé en l’absence de la majorité de l’opposition qui l’a boycotté, a été adopté par 171 voix pour, une abstention et aucune voix contre dans la chambre basse.

Ces réformes ont été approuvées par les deux chambres du Parlement avant d’être promulguées par le président en octobre.

Ces modifications constitutionnelles concentrent davantage de pouvoir entre les mains de Mahamat Idriss Déby, altérant les équilibres institutionnels et laissant peu de place à l’opposition ou au débat.

Violence politique, dissidence et répression

Malgré les appels à la justice, aucune enquête sérieuse ni poursuite n’a été engagée en 2025 pour identifier les responsables des tirs de célébration qui ont suivi la victoire de Mahamat Idriss Déby en 2024. Les victimes, qui comptent au moins 11 morts et de nombreux blessés, y compris des enfants, touchés par des balles perdues et des roquettes tirées par les forces de sécurité, n’ont reçu que peu ou pas de dédommagements.

Le décès de l’opposant Yaya Dillo, survenu lors d’un assaut des forces de sécurité contre le siège de son parti juste avant l’élection présidentielle, n’a fait l’objet d’aucune enquête en 2025. En décembre 2024, 24 proches de Yaya Dillo, arrêtés après sa mort et détenus dans la prison de haute sécurité de Koro Toro, ont été libérés. Dix autres personnes détenues au même endroit avaient été acquittées en juillet 2024.

En juin, Robert Gam, qui dirigeait le parti de Yaya Dillo, le Parti socialiste sans frontières, a été libéré après avoir passé huit mois en détention sans qu’aucune charge ne soit retenue contre lui.

Le ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation a publié un décret en septembre retirant la nationalité tchadienne à Makaila Nguebla, un blogueur qui fut conseiller présidentiel pour les droits humains durant la transition, ainsi qu’à l’activiste et journaliste Charfadine Galmaye Saleh. Tous deux vivent en exil.

En mars, les journalistes Olivier Monodji et Mahamat Saleh Alhissein ont été arrêtés et inculpés pour espionnage, conspiration et atteinte à la sûreté de l’État, en raison de liens présumés avec le groupe de mercenaires russe Wagner. Leur détention prolongée sans procès était contraire aux normes internationales interdisant la détention arbitraire. Ils ont finalement été remis en liberté en juillet.

Orientation sexuelle et identité de genre

L’article 354 du Code pénal de 2017 criminalise les « rapports sexuels avec les personnes de son sexe ». Conformément à ce code, les personnes reconnues coupables de relations homosexuelles encourent une peine pouvant aller jusqu’à deux ans d’emprisonnement et une amende de 50 000 à 500 000 francs CFA (soit environ 75 à 750 dollars US).