26 mai 2026

Burkina Voix

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Crise des droits humains au Niger : entre répression et menace djihadiste

Au Niger, depuis le coup d’État militaire de juillet 2023, la situation des droits humains se dégrade de manière alarmante. En 2025, la junte au pouvoir a renforcé sa répression contre les opposants politiques, les dissidents, les syndicalistes et les journalistes. Parmi les détenus figurent l’ancien président Mohamed Bazoum et son épouse, ainsi que plusieurs responsables du gouvernement renversé et des activistes des droits humains. Leurs conditions de détention restent un sujet de préoccupation majeure pour les organisations internationales.

Le pays fait face à une menace terroriste croissante, notamment de la part de l’État islamique au Sahel (EIS), du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou JNIM), lié à Al-Qaïda, ainsi que de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO). Les affrontements dans l’ouest du Niger, notamment dans la région de Tillabéri, et aux frontières avec le Mali et le Burkina Faso, se sont intensifiés, exposant davantage les populations civiles à des violences extrêmes.

En août 2025, la junte a lancé la milice « Garkuwar Kassa » (« Boucliers de la Patrie »), un programme de recrutement et de formation de civils pour soutenir l’armée. Cette initiative, bien que présentée comme une mesure de sécurité, soulève des craintes quant aux risques d’abus et de violations des droits par ces groupes armés non régulés.

Les groupes armés islamistes : une menace grandissante pour les civils

L’insurrection djihadiste, initiée au nord du Mali en 2012 avant de s’étendre au Niger et au Burkina Faso, a plongé la région dans une décennie de violences. En 2025, l’EIS a intensifié ses attaques contre les villages de la région de Tillabéri, frontalier du Burkina Faso et du Mali.

Parmi les attaques les plus meurtrières :

  • 21 mars 2025 : Une attaque contre une mosquée dans le village de Fambita a coûté la vie à 46 fidèles, dont trois enfants. Les assaillants ont pillé le bétail et les maisons, et incendié une vingtaine de bâtiments, ainsi que des commerces du marché local.
  • 13 mai 2025 : À Dani Fari, cinq hommes et deux enfants ont été exécutés sommairement, tandis que douze maisons ont été incendiées et des dizaines pillées.
  • 21 juin 2025 : Une mosquée du village de Manda a été la cible d’un massacre, faisant plus de 70 morts, dont cinq enfants. Les assaillants ont également incendié une dizaine d’habitations.
  • 20 et 23 juin 2025 : Dans le hameau d’Abarkaize, un chef de village âgé de 67 ans a été exécuté. Cinq hommes ont été enlevés puis retrouvés égorgés quelques jours plus tard. D’autres attaques ont fait six victimes à Ezzak.

Avant chaque attaque, les djihadistes avaient menacé les habitants, les accusant de collaborer avec l’armée nigérienne ou de ne pas payer la zakat (impôt islamique). Les survivants ont rapporté que les forces armées n’avaient pas réagi aux alertes, laissant les populations sans protection.

Une junte militaire qui étouffe l’opposition

Depuis le coup d’État, Mohamed Bazoum et son épouse sont détenus dans le palais présidentiel de Niamey, privés de tout contact avec leur famille ou leurs avocats. Leur détention a été jugée arbitraire par le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire, qui a demandé leur libération immédiate.

La junte a également arrêté arbitrairement de nombreux responsables du gouvernement renversé, des officiers et des proches de Mohamed Bazoum, sans respecter les procédures légales. En avril 2025, une libération partielle a concerné une cinquantaine de détenus, mais d’autres, comme l’activiste Moussa Tiangari, restent emprisonnés pour des motifs politiques. Moussa Tiangari, arrêté en décembre 2024, a été inculpé de « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste » et de « complot contre l’autorité de l’État ». S’il est reconnu coupable du second chef d’accusation, il risque la peine de mort. Son procès a été reporté à plusieurs reprises, et son lieu de détention reste inconnu du public.

Liberté d’expression et d’association : des droits en péril

Depuis 2023, la liberté de la presse au Niger est sévèrement restreinte. Les journalistes subissent harcèlement, menaces et arrestations arbitraires, ce qui les pousse à pratiquer l’autocensure. En janvier 2025, la chaîne Canal 3 TV a été suspendue pendant 30 jours pour avoir diffusé une émission critiquant des ministres, et son rédacteur en chef a vu sa carte de presse révoquée, avant que la suspension ne soit finalement levée.

En février 2025, les autorités ont ordonné au Comité international de la Croix-Rouge de quitter le pays sans explication. En mai, trois journalistes de la radio Sahara FM à Agadez ont été arrêtés pour avoir relayé des informations sur une prétendue fin de la coopération sécuritaire entre le Niger, la Russie et la Turquie. Malgré une libération ordonnée par un juge, ils ont été réarrêtés le lendemain et restent détenus.

La junte a également dissous quatre syndicats du secteur judiciaire en août 2025, sous prétexte de déviance et d’intérêts personnels. Cette décision a provoqué une vague de protestations : l’Union des Syndicats des Travailleurs du Niger a dénoncé une « atteinte grave aux droits fondamentaux », tandis que le barreau du Niger a organisé une grève générale de deux jours pour exiger l’annulation de cette mesure.

En parallèle, le multipartisme a été aboli dans tout le pays, et la junte a annoncé son intention de quitter la Cour pénale internationale (CPI), limitant ainsi l’accès à la justice pour les victimes de crimes graves. En mars 2025, le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte, a prêté serment comme président de transition pour un mandat de cinq ans, consolidant son emprise sur le pouvoir.