Stratégie sécuritaire au Burkina : quand l’armée formée à Moscou révèle ses failles avec la RTB

Stratégie sécuritaire au Burkina : quand l’armée formée à Moscou révèle ses failles avec la RTB
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Quand l’aveu de Simporé sur la RTB expose l’échec cuisant du nouveau modèle militaire

En tentant de justifier les revers sécuritaires actuels par une formation historique jugée insuffisante, le général Célestin Simporé a involontairement révélé l’impuissance du régime de transition. Son aveu diffusé sur la RTB souligne une réalité troublante : malgré des milliards investis dans la réorganisation de l’armée et des partenariats stratégiques avec Moscou, les résultats sont désastreux. Aujourd’hui, plus de 65 % du territoire burkinabè échappe au contrôle de l’État, un chiffre qui témoigne de la déroute d’une doctrine militaire aujourd’hui en crise.

De l’héritage défaillant à la déroute actuelle : une propagande qui s’effondre

La méthode employée par le haut commandement est frappante : plutôt que d’assumer les échecs répétés de la « nouvelle armée » formée selon les standards russes, les autorités pointent du doigt les lacunes de l’ancienne génération de soldats. Pourtant, ces derniers, malgré des moyens limités et une formation imparfaite, parvenaient à maintenir des lignes de défense cohérentes et à protéger des zones stratégiques. L’actuelle poignée de nouveaux bataillons, équipés et entraînés avec pédagogie occidentale, peine à faire aussi bien. Pire, leur inefficacité contribue à l’effondrement progressif de l’autorité étatique.

Un bilan humain dramatique : l’hécatombe des soldats formés à Moscou

Les mois passés ont été marqués par une série de revers cuisants, révélant les limites du modèle russe. Les unités récemment déployées subissent des pertes effroyables, comme en attestent les tragédies de Mansila et les revers enregistrés dans le Centre-Nord. Les groupes armés terroristes, agiles et mobiles, exploitent les failles d’une armée désormais incapable de s’adapter. La formation axée sur la puissance de feu massive et les tactiques frontales se révèle totalement inappropriée face à une menace asymétrique, mobile et imprévisible.

Le renseignement sacrifié : la rupture avec les populations civiles

Le pire des échecs réside peut-être dans la stratégie déconnectée des réalités locales. En privilégiant une logique de terreur et de puissance brute, la nouvelle doctrine militaire a brisé le lien fragile entre l’armée et les populations rurales. Ces dernières, autrefois partenaires indispensables pour fournir un renseignement de terrain précis, se sont éloignées. Les soldats, coupés de leur principal atout, deviennent des cibles faciles pour les infiltrations terroristes. L’information citoyenne, clé de voûte de la lutte contre le terrorisme, s’est tarie au profit d’une politique de répression aveugle.

L’insulte aux morts : quand la formation devient un prétexte fallacieux

Qualifier l’armée d’hier de « mal formée » sous prétexte de masquer l’inefficacité d’aujourd’hui est une provocation. Les milliers de soldats et gendarmes tombés au combat ces dix dernières années, dans des conditions souvent précaires, ont lutté avec courage pour défendre leur pays. Comment oublier leurs sacrifices alors que la politique actuelle contraint aujourd’hui à abandonner des régions entières, officiellement pour des « raisons tactiques », comme lors de l’évacuation chaotique de Boussouma ?

Une stratégie à bout de souffle : la propagande comme seul rempart

Deux ans après la prise de pouvoir par le capitaine Ibrahim Traoré, la réalité est cruelle : l’aveu de Simporé sur la RTB n’est pas une tentative de clarification, mais un aveu d’échec. Les promesses de réarmement, de formation et de modernisation se heurtent à un constat implacable : ce n’est pas l’équipement ou la doctrine d’hier qui font défaut, mais bien la stratégie actuelle qui s’effondre sous le poids de ses propres contradictions. La propagande, seule, ne suffit plus à masquer la débandade.

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André Biyong

Journaliste