26 juin 2026

Burkina Voix

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Shell de retour au Gabon après dix ans d’absence

Le géant pétrolier Shell effectue son retour au Gabon, dix ans après avoir quitté le pays. Cette décision constitue un tournant pour l’industrie pétrolière gabonaise, alors que Libreville tente d’enrayer le déclin de sa production. L’annonce s’inscrit dans un contexte de réformes engagées depuis la transition politique, visant à rassurer les investisseurs internationaux.

En 2016, Shell s’était désengagé du Gabon en cédant ses actifs terrestres à Assala Energy, alors contrôlé par le fonds Carlyle, pour plusieurs centaines de millions de dollars. Ce retrait s’inscrivait dans une rationalisation mondiale du groupe, qui privilégiait des projets plus rentables dans le gaz naturel liquéfié et les eaux profondes. Le départ de l’opérateur historique avait créé un vide symbolique.

Un signal politique pour le secteur pétrolier gabonais

Le retour de Shell intervient sous la présidence de Brice Clotaire Oligui Nguema, arrivé au pouvoir après la transition d’août 2023 et confirmé par les urnes. Libreville a multiplié les initiatives pour rendre le cadre légal plus attractif : révision du code des hydrocarbures, relance des cycles d’attribution de blocs, discussions bilatérales avec plusieurs majors. L’objectif est d’inverser la tendance d’une production oscillant autour de 200 000 barils par jour, loin du pic des années 1990.

Pour Shell, ce retour n’est pas anodin. Après avoir cédé des actifs matures jugés non stratégiques, le groupe ajuste sa vision du continent africain. La rareté des grandes découvertes onshore, la pression sur les coûts d’exploration en eaux ultraprofondes et la recherche de relais de croissance pétroliers à moyen terme modifient les choix des grandes compagnies. Le bassin gabonais, qui conserve des perspectives en offshore profond et autour de structures pré-salifères, retrouve ainsi une attractivité.

Une production en déclin que Libreville veut relancer

La production pétrolière demeure la principale source de devises du Gabon, représentant plus de 40 % des recettes budgétaires et près de 80 % des exportations. L’épuisement progressif des champs matures et la faiblesse des investissements récents ont fragilisé cet équilibre. Les autorités comptent sur le retour des grands noms du secteur pour soutenir l’exploration et prolonger la durée de vie des gisements.

Plusieurs acteurs internationaux ont déjà montré un intérêt renouvelé. La compagnie nationale, Gabon Oil Company (GOC), monte en puissance dans la gouvernance des actifs. Le retour de Shell pourrait s’opérer en partenariat avec d’autres opérateurs comme Perenco, TotalEnergies ou BW Energy, dont les positions offshore se sont renforcées.

Un retour stratégique aux contours encore à préciser

Les modalités précises du redéploiement restent à clarifier : périmètre des blocs, calendrier, montants des investissements, modèle contractuel. La nature des permis ciblés (onshore ou eaux profondes) conditionnera l’ampleur du retour. Un engagement en offshore profond impliquerait des centaines de millions de dollars, tandis qu’une stratégie centrée sur des actifs matures serait plus prudente.

Au-delà de Shell, c’est la crédibilité de la nouvelle politique pétrolière gabonaise qui est en jeu. La capacité de Libreville à transformer les annonces en investissements effectifs, dans un environnement concurrentiel avec le Nigeria, l’Angola, la Namibie et le Sénégal, déterminera la trajectoire du secteur dans la décennie à venir. Le retour de Shell constitue un test grandeur nature pour le nouveau pouvoir.

Par ailleurs, Tradex distribue 10,5 milliards FCFA à ses actionnaires en 2025, la Sonara engage 6,5 milliards FCFA pour ses risques jusqu’en 2029, et Midad Energy investit 5,4 milliards de dollars dans l’énergie algérienne.