Sénégal : le choc fiscal de 1 900 milliards fcfa pour relancer l’économie et briser le cercle des dettes cachées

Sénégal : le choc fiscal de 1 900 milliards fcfa pour relancer l’économie et briser le cercle des dettes cachées
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Dakar franchit un cap historique : l’État sénégalais s’apprête à solder, d’ici la fin de l’année, 1 900 milliards de FCFA d’arriérés publics, un montant vertigineux qui change la donne pour des milliers de petites et moyennes entreprises (PME) asphyxiées par l’attente. Cette décision, saluée comme une bouffée d’oxygène pour le tissu économique local, marque un tournant stratégique dans la gestion des finances publiques, où l’opacité des dettes accumulées depuis des années pèse lourd sur la compétitivité nationale.

Arriérés publics : un gouffre financier qui menace la survie des entreprises locales

Avec un stock estimé à près de 10 % du PIB sénégalais pour 2024, les 1 900 milliards de FCFA d’arriérés publics illustrent l’ampleur d’une crise de trésorerie qui s’étire depuis plusieurs années. Ces impayés, qui touchent aussi bien les fournisseurs de l’État que les bénéficiaires de marchés publics ou de créances fiscales, reflètent un dysfonctionnement structurel. Les données précises sur leur répartition entre dette intérieure et extérieure, ainsi que sur les critères d’éligibilité des créanciers, restent toutefois dans l’ombre, alimentant les interrogations des acteurs économiques.

Les organisations patronales, telles que le Conseil national du patronat (CNP) et la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES), avaient tiré la sonnette d’alarme dès 2024. Dans des secteurs clés comme le BTP, les services informatiques ou la logistique administrative, où plus de 60 % de l’activité dépend de la commande publique, les retards de paiement ont provoqué des faillites en série, des plans sociaux et un assèchement du crédit bancaire à destination des fournisseurs de l’État. Une situation intenable pour un pays où l’entrepreneuriat national représente un levier essentiel de croissance.

Dette cachée et audit du FMI : le poids des engagements non déclarés

Le dossier des arriérés publics prend une dimension supplémentaire depuis que la Cour des comptes sénégalaise a révélé, en février 2025, l’existence de plusieurs centaines de milliards de FCFA de dettes non comptabilisées dans les précédents bilans. Cette découverte a contraint le gouvernement à rouvrir le dialogue avec le Fonds monétaire international (FMI), qui avait gelé son programme d’aide en attendant des garanties sur la transparence budgétaire. Pour Dakar, régler ces dettes historiques devient un impératif non seulement financier, mais aussi politique, condition sine qua non pour renouer avec la confiance des bailleurs internationaux.

Dans ce contexte, la résorption des domestic arrears – ces dettes internes à l’État – est devenue un critère central pour le FMI. Un calendrier précis, assorti de mécanismes transparents (paiements directs, titrisation via des bons du Trésor, ou compensations fiscales), sera scruté à la loupe. Sans ces garanties, la reprise des décaissements dans le cadre d’un nouveau programme d’aide s’annonce compromise, alors que le Sénégal doit déjà faire face à un déficit budgétaire persistant et à une pression accrue sur sa dette extérieure.

Le pari de Dakar : s’inspirer des voisins régionaux pour relancer l’économie

L’apurement des 1 900 milliards de FCFA n’est pas une première en Afrique de l’Ouest. La Côte d’Ivoire, entre 2012 et 2015, avait déjà épongé environ 800 milliards de FCFA d’arriérés, combinant paiements directs et émissions de titres sur le marché régional de l’UMOA. Le Bénin avait suivi la même voie en 2019, avec un dispositif ciblé pour ses fournisseurs locaux. Dans les deux cas, la restauration de la confiance des entreprises avait précédé une reprise de l’investissement privé, un scénario que le gouvernement sénégalais espère reproduire.

Pour le duo présidentiel Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko, en place depuis avril 2024 dans un contexte de réformes et de rupture avec les pratiques passées, cette opération représente un test majeur. Respecter l’échéance de fin d’année enverrait un signal fort au secteur privé, après une période noire marquée par la baisse des commandes publiques et une révision à la baisse des perspectives de croissance pour 2025. Reste à savoir comment Dakar financera ce choc : entre recours aux marchés obligataires, où les taux dépassent les 8 % en 2025, et arbitrage entre étalement des paiements ou compensations fiscales, chaque option a un coût.

Une chose est certaine : l’apurement des 1 900 milliards de FCFA n’est pas qu’une question de chiffres. Il s’agit d’une décision de rupture, capable de briser le cycle des dettes cachées et d’ouvrir la voie à une économie plus dynamique. À condition, bien sûr, que les PME concernées bénéficient réellement de cette manne.

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Suzanne Ntouba

Journaliste