26 mai 2026

Burkina Voix

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Sénégal : entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye, l’heure de la confrontation a sonné

Le paysage politique au Sénégal vient de connaître un tournant majeur avec le limogeage d’Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre par le président Bassirou Diomaye Faye. Cette décision, bien que spectaculaire, semblait inéluctable au regard des frictions persistantes et des divergences de plus en plus manifestes entre les deux piliers de l’exécutif au pays de la Teranga.

Dans un mouvement qui paraît avoir été orchestré avec précision, Malick Ndiaye, le président de l’Assemblée nationale, a rendu son tablier tout en conservant son siège de député. Ce retrait stratégique libère la voie pour l’ancien chef du gouvernement, qui a exprimé son souhait de réintégrer l’hémicycle afin de reprendre son mandat parlementaire.

Une rupture qui semble définitive

Le sort de cette réorganisation institutionnelle doit être scellé ce 26 mai lors d’une session extraordinaire du Parlement. L’objectif est clair : élire un nouveau président pour la chambre basse. Sauf revirement de dernière minute, l’ancien maire de Ziguinchor, Ousmane Sonko, fraîchement écarté de la Primature, est pressenti pour prendre la tête de l’Assemblée nationale. Ce nouveau poste lui permettrait d’engager un véritable bras de fer législatif avec le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye.

La question qui brûle désormais toutes les lèvres est de savoir jusqu’où ira ce duel entre ces deux anciens alliés. La loyauté de l’ex-président de l’Assemblée envers Ousmane Sonko facilite cette transition. De plus, avec une majorité écrasante du Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité), qui détient 130 sièges sur 165, l’élection de Sonko au perchoir ne devrait être qu’une formalité.

Cette session parlementaire est donc cruciale. Elle offre à l’ex-Premier ministre une plateforme de premier plan pour rester au cœur des décisions étatiques. Dans ce contexte de divorce consommé, le natif de Thiès et le président Bassirou Diomaye Faye s’affrontent désormais ouvertement, ce dernier cherchant à s’affranchir de l’influence de son ancien mentor pour asseoir sa propre légitimité.

Le spectre d’un blocage institutionnel

Ce choc des ambitions au sommet de l’État fait peser sur le Sénégal le risque d’une crise institutionnelle profonde. Si Ousmane Sonko accède à la présidence de l’Assemblée nationale, il deviendra officiellement la deuxième personnalité de l’État et le dauphin constitutionnel. Une telle position lui conférerait un pouvoir de nuisance considérable, capable de paralyser l’action gouvernementale par le biais du contrôle législatif.

Cette rivalité interne menace directement la cohésion du parti au pouvoir. En s’engageant dans ce conflit frontal, les leaders du Pastef prennent le risque de fragiliser leur propre camp. Il est évident que depuis leur victoire, Ousmane Sonko peine à rester au second plan, lui qui avait propulsé Bassirou Diomaye Faye sur le devant de la scène suite à ses propres déboires judiciaires en 2024.

Aujourd’hui, Ousmane Sonko ne cache plus sa volonté de jouer les premiers rôles et semble convaincu de disposer des atouts nécessaires pour relancer ses ambitions présidentielles, malgré les obstacles rencontrés par le passé.

Un duel d’ego aux conséquences incertaines

La récente révision du Code électoral, adoptée le 12 mai, a jeté de l’huile sur le feu. Si cette réforme visait officiellement à clarifier les règles d’éligibilité, elle est perçue par beaucoup comme une porte ouverte pour les futures candidatures des deux protagonistes. Cependant, la popularité de Ousmane Sonko au sein de sa formation politique ne garantit pas la validation de sa candidature pour l’élection de 2029, une décision qui restera entre les mains du Conseil constitutionnel.

Cette situation de « je te tiens, tu me tiens » entre les deux hommes forts du pays n’augure rien de bon pour la stabilité nationale. Le Pastef pourrait sortir affaibli de cette lutte intestine, laissant le champ libre à une force d’opposition lors des prochains scrutins si les électeurs sénégalais décident de sanctionner ce spectacle de désunion.

Pour l’heure, l’opinion publique espère un retour au calme et à la raison, afin que les promesses de rupture et de bonne gouvernance ne soient pas sacrifiées sur l’autel des rivalités personnelles.