24 juin 2026

Burkina Voix

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Sahel : quatre ans après le divorce avec Paris, le lourd tribut de l’illusion souverainiste

Chasser les forces françaises et rompre avec l’Occident devait inaugurer une ère de « seconde indépendance » pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Quatre ans après les premiers coups d’État, la rhétorique populiste se heurte à une réalité accablante : la dépendance a simplement changé de visage, l’insécurité s’aggrave et les économies s’étiolent.

Le mythe sécuritaire : l’effet boomerang du partenariat russe

Le principal argument des régimes militaires pour justifier leurs putschs était l’échec de la France à vaincre le djihadisme. Mais le remède adopté s’avère pire que le mal. En substituant les troupes occidentales par les paramilitaires russes d’Africa Corps (ex-Wagner), Bamako, Ouagadougou et Niamey ont opté pour une stratégie de terre brûlée. Sur le terrain, les groupes terroristes (JNIM et EIGS) n’ont jamais été aussi influents. Ils encerclent désormais des villes clés et bloquent les routes d’approvisionnement vitales. Le coût humain est effroyable : les rapports d’organisations indépendantes signalent une recrudescence des violences envers les civils lors des opérations conjointes. Loin d’être protégées, les populations du Sahel sont prises en tenaille entre la terreur djihadiste et la brutalité des nouveaux supplétifs, tandis que le nombre de déplacés internes atteint des sommets inédits.

L’isolement diplomatique : la fuite en avant institutionnelle

Pour masquer les revers intérieurs, les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont opté pour une politique de rupture permanente. Le départ fracassant de la CEDEAO a privé les trois pays de leurs partenaires économiques naturels. Plus récemment, leur retrait collectif de la Cour pénale internationale (CPI) et les restrictions imposées aux agences onusiennes achèvent de transformer la région en zone grise diplomatique. Cette fuite en avant sert surtout à protéger les régimes en place de tout regard extérieur sur la situation des droits humains ou le respect des calendriers de transition démocratique. Les élections promises pour rendre le pouvoir aux civils sont systématiquement reportées sine die, transformant des transitions censées être provisoires en dictatures militaires installées.

Économie en déclin et régression sociale

Sur le plan économique, le bilan est tout aussi lourd. Le discours sur la souveraineté monétaire et l’autosuffisance se heurte à la dure réalité des chiffres. L’isolement régional a entraîné une flambée du coût de la vie et des produits de première nécessité. Les entreprises locales étouffent sous le poids des sanctions indirectes, de la baisse des investissements étrangers et des coupures d’électricité chroniques qui paralysent Bamako et Ouagadougou. Pendant que les budgets nationaux sont saignés à blanc pour financer l’effort de guerre et rétribuer les services des mercenaires russes (souvent via l’octroi de concessions minières), les services sociaux de base s’effondrent. Des milliers d’écoles restent fermées et le système de santé est exsangue. Au lieu d’investir dans le développement humain, les ressources nationales sont confisquées par les appareils militaires.

Un changement de maîtres, pas une libération

Quatre ans après le Grand Divorce avec Paris, le constat est amer. Le Sahel n’est ni plus sûr, ni plus prospère, ni plus indépendant. En chassant un partenaire occidental imparfait mais prévisible, les dirigeants de l’AES ont jeté leurs pays dans les bras d’une puissance russe opportuniste, dont l’unique objectif est géopolitique. La « seconde indépendance » promise s’est transformée en une tragique régression économique et sécuritaire, où la souveraineté brandie en haut lieu n’est que le paravent de l’asphyxie des peuples.