Quel impact de la Russie sur la sécurité du Mali et du Sahel ?
Le Mali traverse une période de tensions majeures après des attaques coordonnées de grande envergure menées par des groupes armés contre les bases des Forces armées maliennes. Le gouvernement dirigé par le colonel Assimi Goïta affirme que la situation est « sous contrôle », avec un soutien aérien russe ayant permis d’éviter la prise de positions stratégiques, dont le palais présidentiel à Bamako. Pourtant, l’instabilité persiste dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, où les autorités peinent à reprendre le contrôle des villes et agglomérations aux mains de rebelles touaregs et de groupes liés à Al-Qaïda, déterminés à encercler la capitale.
Les groupes armés ont ciblé plusieurs localités, dont Kidal, Gao, Sévare et Kati, sièges de bases militaires importantes. Ces attaques, survenues un samedi, ont provoqué la mort du ministre malien de la Défense, Sadio Camara, et la prise de villes stratégiques comme Kidal. Bien que Bamako ait revendiqué avoir neutralisé plus de 200 assaillants, des doutes émergent quant à l’efficacité des partenariats militaires avec la Russie, notamment après le retrait inattendu des forces russes de Kidal.
Retrait russe de Kidal : une décision controversée
L’Afrique Corps, unité du ministère russe de la Défense ayant remplacé le groupe Wagner après la mort d’Evgueni Prigojine en 2023, avait été déployée au Mali après le départ des troupes françaises en 2022. Officiellement, le retrait des forces russes de Kidal a été présenté comme une décision conjointe avec les autorités maliennes. Une déclaration de l’Afrique Corps publiée sur Telegram précise que « les unités stationnées à Kidal se sont retirées conformément à une décision conjointe des dirigeants de la République du Mali ». Les blessés et le matériel lourd ont été évacués en priorité, tandis que le reste des troupes maintient sa mission sur place.
Cependant, des interrogations persistent : pourquoi ces forces n’ont-elles pas résisté aux assaillants ? Des sources locales et des analystes suggèrent que les négociations en amont avec l’Algérie, pays voisin, pourraient avoir facilité ce repli. De plus, des soldats maliens auraient été désarmés et capturés par les rebelles, sans que Bamako ne communique sur le nombre de prisonniers.
Les autorités russes affirment avoir apporté un soutien aérien décisif aux troupes maliennes, limitant les dégâts à Bamako. Le ministère russe de la Défense a également accusé, sans preuve, quelque 12 000 combattants d’être formés par des mercenaires ukrainiens et européens. Malgré ces déclarations, le silence du gouvernement malien sur les conditions réelles du retrait russe laisse planer des doutes sur la transparence de cette opération.
Comment ces événements affectent-ils l’influence russe au Sahel ?
Depuis le départ de la France en 2021, la Russie s’est positionnée comme une alternative « non coloniale » dans la région, promouvant le déploiement de mercenaires via le groupe Wagner, puis l’Afrique Corps. Ces forces sont également présentes en République centrafricaine, en Libye et au Soudan, où leur rôle varie entre soutien opérationnel et supervision. Au Niger et au Burkina Faso, où l’insécurité s’aggrave sous la pression de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, la présence russe est plus discrète, limitée à une centaine de soldats au Niger et entre 100 et 300 au Burkina Faso.
Historiquement, Wagner a joué un rôle clé au Mali en aidant à reprendre des zones sous contrôle touareg, comme Kidal en 2023. Pourtant, les récents événements remettent en cause cette crédibilité. Ulf Laessing, responsable du programme Afrique de l’Ouest à la Konrad-Adenauer Stiftung, souligne que « l’Afrique Corps a perdu toute crédibilité ». Il explique que le retrait de Kidal, symbole fort des rebelles touaregs, ainsi que l’abandon d’équipements et d’une station de drones, donne l’impression d’un abandon pur et simple, voire d’un manque de moyens face à l’ampleur des assaillants.
Avec l’annonce d’un siège imminent de Bamako par le JNIM (groupe affilié à Al-Qaïda), la question se pose : quelles positions la Russie peut-elle encore défendre ? Le ministère russe de la Défense affirme que les opérations se poursuivent, publiant même des vidéos montrant des frappes contre les positions des groupes armés. Pourtant, ces affirmations peinent à convaincre, certains analystes estimant que « la Russie aura du mal à séduire de nouveaux partenaires pour l’Afrique Corps après cet échec retentissant », soulignant un préjudice réputationnel majeur.
Quelles perspectives pour le Mali et ses alliés du Sahel ?
La crise actuelle au Mali survient dans un contexte régional déjà fragilisé. En 2023, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont formé l’Alliance des États du Sahel (AES), une réponse à l’aggravation de l’insécurité et à leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui critiquait les coups d’État dans ces pays. Cette alliance, bien que symbolique, peine à endiguer la montée des violences.
Avec le retrait des forces françaises et les incertitudes sur l’engagement russe, le Mali et ses voisins doivent désormais faire face à un vide sécuritaire préoccupant. Les populations civiles, prises en étau entre les groupes armés et les forces de sécurité, paient un lourd tribut. Les accusations de crimes de guerre visant aussi bien les rebelles que les militaires maliens et les mercenaires russes s’accumulent, soulignant l’urgence d’une solution durable.
Face à cette situation complexe, la communauté internationale observe avec inquiétude l’évolution de la stratégie russe au Sahel. Si Moscou continue de miser sur des alliances militaires pour étendre son influence, les récents déboires au Mali pourraient bien freiner ses ambitions dans une région déjà en proie à l’instabilité chronique.
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