13 juillet 2026

Burkina Voix

Média burkinabè indépendant qui donne la parole aux citoyens : actualités politiques, sécuritaires et économiques du Faso.

Renouveau des relations entre Bamako et Alger : quels enjeux pour le Sahel ?

Un apaisement diplomatique aux répercussions régionales

Drapeaux du Mali et de l'Algérie flottant côte à côte

Les relations entre le Mali et l’Algérie connaissent une embellie significative après des mois de tensions. Ce rapprochement, salué par les autorités maliennes, intervient dans un contexte géopolitique complexe où Bamako et Alger avaient vu leurs liens se distendre.

Tout a basculé dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, lorsqu’un drone malien a été abattu près de Tinzawatene, un village frontalier situé entre le Mali et l’Algérie. L’incident a servi de catalyseur aux dissensions entre les deux pays, qui accusaient mutuellement de soutenir des groupes armés et de s’ingérer dans leurs affaires intérieures.

Les tensions se sont encore aggravées en janvier 2024, lorsque le gouvernement de transition malien a mis fin à l’accord de paix issu du processus d’Alger de 2015. Bamako a alors privilégié une approche militaire pour reprendre le contrôle du nord du pays, et plus particulièrement la région de Kidal, où les combats se sont intensifiés.

Les autorités maliennes ont par la suite reproché à l’Algérie d’accueillir des figures de l’ex-rébellion touarègue de Kidal, ainsi que l’imam Mahmoud Dicko. Ce dernier, connu pour son rôle dans la chute de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta, entretenait des relations tendues avec la junte au pouvoir à Bamako.

Des liens historiques et économiques indéniables

Boubacar Mahamane Maïga, porte-parole du collectif « une voix pour Tombouctou », une organisation de la société civile locale, se réjouit de cette détente. Pour lui, les relations entre le Mali et l’Algérie ne se limitent pas à la diplomatie : elles reposent sur des siècles d’histoire et de liens fraternels.

« Ces relations sont profondes et séculaires. L’Algérie a toujours été un acteur économique majeur pour Tombouctou. Autrefois, le commerce transsaharien, qui faisait la richesse de la ville, transitait par l’Algérie. Les pistes caravanières reliaient nos deux territoires. Par exemple, une épice emblématique de Tombouctou, le Tawabel, provient de la région algérienne du Touat. Elle est associée à Cheick Abdoul Kassim Attouaty, l’un des 333 saints de Tombouctou. »

Un espoir pour la stabilité sécuritaire

Kaou Abdrahamane Diallo, analyste politique basé à Bamako, voit dans ce réchauffement des relations une opportunité pour renforcer la sécurité dans la région. Selon lui, le Mali ne peut se permettre de laisser ses frontières perméables ni de tolérer l’instabilité dans sa partie septentrionale.

« Le Mali a besoin de partenaires pour restaurer la paix et la sécurité. L’Algérie reste un allié historique, qui a toujours apporté son soutien au Mali. Nous espérons que ce dégel permettra de rétablir des relations aussi solides et apaisées qu’auparavant. La Russie, en tant que médiateur, a joué un rôle clé dans cette réconciliation. Pour Moscou, il est essentiel de préserver la stabilité au Sahel en maintenant la cohésion entre ses alliés. »

Cette médiation russe, orchestrée par le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, a permis de faciliter les discussions entre Bamako et Alger. L’objectif affiché par la Russie est clair : éviter que les divergences entre les deux pays ne nuisent à la sécurité collective dans le Sahel.

Alors que le Mali et l’Algérie semblent désormais tournés vers l’avenir, ce dégel pourrait marquer un tournant dans la coopération régionale et ouvrir la voie à une collaboration renforcée contre le terrorisme et l’insécurité.