26 mai 2026

Burkina Voix

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Réforme de la santé au Burkina Faso : l’accès aux soins enfin démocratisé

Une révolution médicale au service des burkinabè

Pour des milliers de patients au Burkina Faso, la santé n’était qu’un rêve inaccessible. Jusqu’à ce que l’État brise les barrières financières qui les séparaient des soins vitaux. Depuis le 13 mars 2024, une réforme ambitieuse a transformé l’accès aux examens médicaux et aux traitements spécialisés, marquant un tournant décisif pour le système de santé publique.

Dans les couloirs surchargés des hôpitaux, l’espoir renaît. Les tarifs des examens de scanner, d’IRM et d’hémodialyse ont été drastiquement réduits, tandis que la caution autrefois exigée pour les dialyses a été supprimée. Une avancée majeure pour des familles longtemps privées de soins par manque de moyens.

Des témoignages qui parlent d’eux-mêmes

Au Centre hospitalier universitaire de Bogodogo, Madi Diallo partage un récit déchirant :

« Il y a trois ans, ma sœur avait besoin d’une dialyse en urgence. Une caution de 500 000 FCFA était requise… Nous ne l’avions pas. Elle est décédée. Aujourd’hui, cette barrière n’existe plus. »

Une autre patiente, Dame Ouédraogo Nikiéma Élodie, confirme l’impact concret de cette réforme :

« J’ai payé 40 000 FCFA pour une IRM pelvienne, alors qu’ailleurs, ce même examen peut coûter jusqu’à 150 000 FCFA. Cette économie me permet de continuer à m’investir dans ma tontine sans craindre la facture. »

Des tarifs revus à la baisse, des vies sauvées

Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

  • Scanner : de 50 000 FCFA à 25 000 FCFA
  • IRM : de 100 000 FCFA à 40 000 FCFA
  • Dialyse (caution) : suppression totale de la caution de 500 000 FCFA

Le Dr Robert Lucien Jean Claude Kargougou, ministre de la Santé, a souligné l’importance de ces ajustements tarifaires :

« Ces mesures visent à lever les obstacles financiers qui empêchaient les populations les plus vulnérables d’accéder aux soins essentiels. »

Le Dr Seydou Nombré, directeur général du CHU de Bogodogo, ajoute :

« La caution de 500 000 FCFA a été supprimée. Pour une dialyse d’urgence, le coût est désormais de 2 500 FCFA seulement. »

Un impact mesurable sur le terrain

Les résultats sont visibles dans plusieurs centres hospitaliers :

  • Le nombre d’IRM réalisées a augmenté de 38 % depuis l’entrée en vigueur de la réforme.
  • Au Centre hospitalier régional de Ziniaré, les évacuations vers Ouagadougou ont diminué, réduisant ainsi les coûts et les délais pour les patients.
  • Au CHU Sourou Sanou de Bobo-Dioulasso, les familles comme celle d’Élie Ouattara bénéficient de prix abordables sur les produits médicaux et les examens.

Le Dr Hamidou Sawadogo, néphrologue au CHU de Bobo-Dioulasso, explique :

« Depuis la réforme, nous avons pu intégrer 17 nouveaux patients en dialyse sans exiger de caution. Cependant, les listes d’attente restent longues en raison du nombre limité de machines. »

Des défis persistants, mais des progrès indéniables

Malgré ces avancées, des obstacles subsistent :

  • Le nombre insuffisant de machines de dialyse limite l’accès aux soins pour de nombreux patients.
  • Les frais annexes (médicaments, examens complémentaires) pèsent encore sur le budget des familles les plus précaires.
  • La décentralisation des centres de dialyse reste une priorité pour éviter les déplacements coûteux et épuisants.

Tuina Nsoma Hélène, majore du service de dialyse au CHU-YO de Ouagadougou, plaide pour une extension des infrastructures :

« Chaque décès libère une place, mais nous devons multiplier les centres pour répondre à la demande. La santé est un droit, pas un privilège. »

Une santé plus accessible, mais pas encore pour tous

Les témoignages de patients comme Dame Sanou Traoré Salimata, dialysée depuis 2020, ou de Youl Sié, atteint d’insuffisance rénale chronique, illustrent les progrès réalisés :

« La suppression de la caution a changé ma vie. Je peux enfin me soigner sans dépendre de l’aide de mes proches. »

Youl Sié, quant à lui, insiste sur l’importance de la proximité des soins :

« Nous devons multiplier les centres de dialyse dans chaque région. Les déplacements épuisants aggravés par la maladie perturbent l’éducation des enfants et la stabilité familiale. »

Vers une santé publique pour tous au Burkina Faso ?

Les récentes initiatives, comme l’inauguration du Centre hospitalier universitaire de Pala et de son centre de radiothérapie, ainsi que les annonces de neuf autres CHU de haut standing, laissent entrevoir un avenir plus prometteur.

Pourtant, comme le rappelle le directeur du CHR de Ziniaré, Mady Zorné :

« La baisse des tarifs est une avancée significative, mais l’accès à des soins de qualité nécessite aussi des infrastructures adaptées et du personnel qualifié. »

En attendant, chaque petit pas compte. Au Burkina Faso, la santé n’est plus un luxe réservé à quelques-uns. Elle s’ouvre progressivement à tous, redonnant espoir à des milliers de familles.

« Petit à petit, l’oiseau fait son nid. » Et dans le pays des Hommes intègres, la santé publique commence enfin à construire son nid, un patient à la fois.