15 juin 2026

Burkina Voix

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Procès Martinez Zogo : l’horreur des vidéos de torture dévoilée au tribunal de Yaoundé

L’émotion était palpable ce 1er juin 2026 au tribunal militaire de Yaoundé. Dans le cadre du procès fleuve entourant l’assassinat de Martinez Zogo, une étape cruciale a été franchie avec la diffusion d’images insoutenables montrant les derniers instants de calvaire de l’animateur radio, retrouvé sans vie en janvier 2023. Cette pièce à conviction, extraite des données numériques d’un suspect, a plongé la salle dans une profonde sidération.

Une expertise informatique au cœur des débats

L’audience a débuté par l’intervention du Professeur Georges Bell Bitjocka. Cet expert en cybersécurité a présenté les conclusions de son analyse technique effectuée sur les téléphones portables des différents prévenus. C’est au cours de cet exposé que des captures d’écran et une séquence vidéo particulièrement violente ont été projetées pour la première fois devant la cour.

Sur les images, on aperçoit Martinez Zogo le visage ensanglanté, une oreille gravement entaillée et les mains liées derrière le dos. Le journaliste, visiblement à bout de forces, implore ses ravisseurs de l’épargner. Ces scènes de torture ont provoqué des larmes parmi l’assistance, tandis que certains avocats ont souligné l’accablement visible sur le visage des accusés eux-mêmes face à la cruauté des faits exposés.

Le compte Google de Godje Oumarou comme preuve clé

La vidéo incriminée a été récupérée dans l’espace de stockage en ligne de Godje Oumarou, l’un des membres présumés du commando. Les investigations techniques révèlent également des échanges datant de la soirée du 17 janvier 2023. Justin Danwe, alors directeur des opérations à la Direction générale de la Recherche extérieure (DGRE), y donnait l’ordre de capturer des images de « la souris », un nom de code utilisé pour désigner la victime.

De son côté, la défense de Maxime Eko Eko, l’ancien patron du contre-espionnage camerounais, maintient une ligne de déni total. Son conseil affirme que les expertises téléphoniques ne démontrent aucune implication directe de son client dans l’organisation de ce crime. Outre les principaux suspects, les appareils de Jean-Pierre Amougou Belinga, Bruno Bidjang et Martin Savom ont également été passés au crible par l’expert.

Retour sur une affaire qui a bouleversé le Cameroun

Le 22 janvier 2023, la découverte du corps supplicié d’Arsène Salomon Mbani Zogo, dit Martinez Zogo, avait provoqué une onde de choc nationale. À 51 ans, ce père de famille était une voix emblématique de la radio Amplitude FM à Yaoundé. À travers son émission « Embouteillages », il dénonçait quotidiennement la corruption et les dérives des élites camerounaises, tout en affichant un soutien constant au président Paul Biya.

Enlevé cinq jours avant la découverte de sa dépouille à une vingtaine de kilomètres de la capitale, il portait des marques de sévices extrêmes. Après une instruction complexe menée par le colonel-magistrat Pierrot Narcisse Nzie, 17 personnes ont été renvoyées devant la justice. Parmi les détenus figurent des personnalités influentes telles que l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga et le maire de Bibey, Stéphane Martin Savom. Ouvert en mars 2024, ce procès est entré dans sa phase de débats au fond depuis septembre 2025.