25 août 2026

Burkina Voix

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Opinions gabonaises sur la France : un rejet historique de Paris

L’influence de la France au Gabon subit un rejet massif, selon les dernières données d’Afrobarometer. 78 % des citoyens gabonais interrogés considèrent désormais cette présence comme néfaste, tandis que seuls 20 % y voient un aspect positif. Cette défiance historique place Paris en dernière position parmi les partenaires internationaux de Libreville, un pays autrefois perçu comme un bastion francophone en Afrique centrale.

Cette inversion des perceptions est frappante. La Chine, avec 61 % d’avis favorables, devance désormais la France, tout comme l’Union africaine (60 %), les États-Unis (47 %) et la Russie (43 %). Pékin, grâce à des projets concrets et une approche dépourvue de conditionnalités politiques, s’impose comme le partenaire le plus apprécié par les Gabonais. Ce basculement reflète une transformation profonde des attentes diplomatiques dans un pays où la domination française, économique et militaire, semblait autrefois inébranlable.

Un phénomène qui dépasse les frontières gabonaises

Ce rejet ne se limite pas au Gabon. Depuis le départ des forces françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger, une vague de contestation s’étend à travers l’Afrique de l’Ouest et centrale. Le Tchad a exigé une révision de ses accords de défense fin 2024, tandis que le Sénégal a obtenu la fermeture des bases militaires françaises sur son sol. La Côte d’Ivoire a emboîté le pas, et le Gabon, sous la direction de la junte militaire de Brice Clotaire Oligui Nguema depuis août 2023, s’inscrit dans cette tendance de remise en question des partenariats historiques.

Sur le plan symbolique, la réduction progressive des effectifs français au Gabon, transformant les Éléments français (EFG) en une simple mission de coopération, illustre cette évolution. Les autorités de Libreville, qui prônent la souveraineté et la diversification des alliances, répondent ainsi à une opinion publique lasse d’un partenariat perçu comme déséquilibré et paternaliste.

La stratégie chinoise : des résultats tangibles

L’ascension de la Chine ne se limite pas à des investissements ou à des prêts. Elle repose sur une communication axée sur des réalisations concrètes : routes, hôpitaux, infrastructures numériques. Le manganèse, ressource stratégique du Gabon, est massivement exporté vers la Chine, renforçant cette relation perçue comme plus transparente et équitable que les liens franco-gabonais. Pour les citoyens, cette collaboration est synonyme de progrès visible, contrairement aux partenariats traditionnels souvent critiqués pour leur opacité.

La Russie, avec 43 % d’opinions positives, tire parti d’un discours anti-occidental amplifié par les réseaux sociaux. Malgré une présence économique bien moindre que celle de la Chine ou de la France, Moscou séduit une jeunesse urbaine en quête d’alternatives. L’Union africaine, avec 60 % d’approbation, confirme quant à elle que le multilatéralisme continental conserve une forte légitimité, malgré la suspension du Gabon après le coup d’État de 2023.

Un défi majeur pour la diplomatie française

Ces chiffres constituent un signal d’alarme pour Paris. Le Gabon abrite encore des intérêts économiques français majeurs, notamment dans le manganèse avec Eramet, le pétrole avec TotalEnergies, ainsi que dans les secteurs bancaire et logistique. Une image dégradée de la France pourrait fragiliser ces positions lors des futurs appels d’offres publics, alors que les autorités de transition gabonaises réévaluent leurs partenariats.

Les tensions sous-jacentes, comme les débats sur le franc CFA, la restitution des œuvres d’art ou les interventions postcoloniales, alimentent un ressentiment profond. Une simple amélioration de l’image de la France ne suffira pas : il faudra une refonte radicale de sa politique africaine, bien au-delà des ajustements superficiels. Les données d’Afrobarometer montrent que le chemin vers une réconciliation sera long et exigeant.

La transition politique en cours au Gabon, qui doit mener à un retour à l’ordre constitutionnel par les urnes, pourrait redéfinir les équilibres. Le futur gouvernement issu des élections devra concilier la pression populaire pour une rupture avec l’ancienne puissance coloniale, la nécessité de maintenir des flux économiques stables et l’attractivité des offres chinoise, américaine et russe.