2 mai 2026

Niger : les violations des droits humains après le coup d’État de 2023

Depuis le renversement du gouvernement du président Mohamed Bazoum par le général Abdourahmane Tiani et le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) le 26 juillet 2023, les autorités nigériennes multiplient les atteintes aux droits fondamentaux. Des dizaines de responsables politiques, journalistes et opposants ont été arbitrairement arrêtés, tandis que les libertés d’expression et de presse subissent une répression sans précédent. Human Rights Watch et Amnesty International appellent à leur libération immédiate et au respect des procédures légales.

Un contexte politique marqué par la répression

Le coup d’État du 26 juillet 2023 a bouleversé l’ordre institutionnel au Niger. Depuis cette date, Mohamed Bazoum, son épouse et son fils sont détenus au palais présidentiel de Niamey. Plusieurs ministres de l’ancien gouvernement, dont Sani Mahamadou Issoufou (Pétrole), Hamadou Adamou Souley (Intérieur), Kalla Moutari (Défense) et Ahmad Jidoud (Finances), ont également été incarcérés dans des conditions contestables. Accusés d’atteinte à la sûreté de l’État, ils ont été traduits devant un tribunal militaire, une procédure jugée inappropriée pour des civils par les observateurs internationaux.

Les arrestations arbitraires et la restriction des libertés fondamentales placent le Niger sur une trajectoire alarmante en matière de droits humains.

Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel, Human Rights Watch

Des sanctions régionales et une crise diplomatique

Face à cette situation, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a immédiatement réagi en fermant les frontières avec le Niger, suspendant les échanges commerciaux et financiers, et menaçant d’une intervention militaire si Mohamed Bazoum n’était pas réintégré. Le 10 août, l’organisation a imposé des sanctions ciblées (gels d’avoirs, interdictions de voyage) contre les putschistes et le pays. L’Union africaine, quant à elle, a suspendu le Niger de ses instances le 22 août, tout en privilégiant une solution pacifique pour rétablir l’ordre constitutionnel.

Les tensions se sont encore aggravées le 11 octobre, lorsque les autorités nigériennes ont ordonné à Louise Aubin, coordinatrice résidente de l’ONU, de quitter le pays sous 72 heures. Cette décision fait suite à l’exclusion du Niger de l’Assemblée générale des Nations Unies, une mesure perçue comme une provocation par le pouvoir en place.

Atteintes à la liberté de la presse et répression des voix dissidentes

Les journalistes et les médias critiques sont particulièrement visés. Depuis juillet 2023, de nombreux professionnels des médias ont subi intimidations, menaces en ligne et agressions physiques. Le CNSP a suspendu indéfiniment les chaînes Radio France Internationale et France 24, accusées de partialité. Samira Sabou, blogueuse et journaliste, a été arrêtée le 30 septembre par des hommes en civil se revendiquant des forces de sécurité. Après sept jours de détention secrète, elle a été inculpée pour production de données troublant l’ordre public avant d’être libérée sous contrôle judiciaire. Cette affaire rappelle ses précédentes arrestations en 2020 (cybercriminalité) et 2022 (trafic de drogue), illustrant la répression systématique des voix critiques.

Les universitaires et les militants ne sont pas épargnés. Un décret du 22 août a révoqué six responsables universitaires pour avoir signé une pétition s’opposant au soutien au CNSP. Samira Ibrahim, une influenceuse connue sous le pseudonyme Precious Mimi, a été condamnée à six mois de prison avec sursis pour une publication sur Facebook relative à la position de l’Algérie vis-à-vis du nouveau régime.

Violences politiques et impunité

Les partisans du CNSP ont commis des actes de violence contre les membres du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya), notamment en incendiant son siège à Niamey le 27 juillet. Des agressions sexuelles ont également été rapportées en août, perpétrées par des groupes d’autodéfense illégaux aux principaux carrefours de la capitale. Malgré plusieurs plaintes, aucun agresseur n’a été inquiété à ce jour.

Le CNSP a suspendu la Constitution tout en affirmant respecter l’état de droit et les droits humains, en référence à la Déclaration universelle des droits de l’homme et à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Pourtant, les détentions arbitraires, les menaces et les violences se multiplient, en contradiction avec ces principes.

La liberté d’expression et le pluralisme sont indispensables à la démocratie. Les autorités militaires doivent mettre fin sans délai aux persécutions des journalistes, des opposants et des défenseurs des droits humains, et garantir le respect intégral des libertés fondamentales.

Ousmane Diallo, chercheur sur le Sahel, Amnesty International

Un avenir incertain pour les droits humains au Niger

Le Niger se trouve à un carrefour décisif. Entre répression accrue, crise diplomatique et montée des violences, la situation des droits humains se dégrade rapidement. Les organisations internationales exhortent les autorités à respecter leurs engagements internationaux et à rétablir un cadre légal protecteur pour tous les citoyens.