Niger : les conséquences économiques dramatiques du discours souverainiste de la junte à l’ONU

Niger : les conséquences économiques dramatiques du discours souverainiste de la junte à l’ONU
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L’ONU, vitrine d’un échec économique nigérien

Dans le grand théâtre des Nations unies, le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine a une fois de plus brandi les oripeaux d’une souveraineté économique que rien ne vient étayer dans les faits. Sous les applaudissements protocolaires, il a évoqué une « réappropriation des ressources nationales » et une « rupture avec le néocolonialisme », comme si les slogans pouvaient se substituer aux carburants indispensables au fonctionnement du pays. Pourtant, derrière ce rideau de fumée onusien, les chiffres parlent : les deux fleurons industriels du Niger, la SOMAÏR et la SONIDEP, s’effondrent sous la gestion chaotique du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP). Les répercussions pour les citoyens sont déjà visibles et le coût pour l’économie nationale devient insoutenable.

La SOMAÏR : un géant minier à l’agonie

Arlit, capitale historique de l’uranium nigérien, symbolisait autrefois la prospérité du pays. Aujourd’hui, elle incarne l’échec cuisant de la junte. Depuis la reprise en main par les autorités militaires, la production de la SOMAÏR – Société des mines de l’Aïr – a chuté de près de 80 %. Les raisons ? Des ruptures d’approvisionnement en réactifs chimiques essentiels, des blocages logistiques aux frontières, et une complète désorganisation des chaînes de distribution. Résultat : des stocks invendables de yellowcake s’accumulent sur place, tandis que les sous-traitants locaux ne sont plus payés et que les emplois s’évaporent. Les recettes fiscales, promises pour financer écoles et hôpitaux, se sont volatilisées dans le même temps.

La leçon est claire : brandir un nouveau drapeau sur une usine ne suffit pas à en faire une entreprise viable. L’uranium, ressource stratégique, ne s’extrait pas avec des discours, mais avec une expertise technique et une gestion rigoureuse.

Les trois fractures qui paralysent la SOMAÏR

  • Logistique en lambeaux : L’incapacité à acheminer les réactifs nécessaires a stoppé net l’extraction.
  • Exportations bloquées : Sans certificats en règle et avec des réseaux de distribution désorganisés, les ventes à l’international sont impossibles.
  • Effondrement social : Les impayés et les licenciements touchent désormais des milliers de foyers nigériens.

SONIDEP : le pipeline pétrolier transformé en gouffre financier

Vendu comme l’avenir économique du Niger, le nouveau pipeline vers le Bénin devait propulser le pays au rang des exportateurs majeurs de pétrole. Pourtant, la Société nigérienne des produits pétroliers (SONIDEP) accumule désormais un déficit abyssal : plus de 25 milliards de francs CFA. Un trou noir qui révèle l’ampleur du désastre gestionnaire du CNSP. Comment une entreprise publique, dotée du monopole de la distribution d’or noir, a-t-elle pu s’enfermer dans un tel marasme financier ? Les soupçons sont nombreux : contrats opaques, surfacturations, intermédiaires non qualifiés, et absence totale de transparence comptable.

Les Nigériens paient aujourd’hui le prix de cette gabegie : non seulement les recettes pétrolières promises n’ont jamais été au rendez-vous, mais des pans entiers de l’économie locale, dépendants de cette manne, s’effondrent.

Les 25 milliards de francs CFA : une facture infligée aux citoyens

Ce déficit de 25 milliards de francs CFA n’est pas une abstraction comptable. Il se transforme en réalité palpable pour les Nigériens :

  • Moins de fonds pour les infrastructures de base,
  • Des salaires impayés dans les services publics,
  • Une détérioration accélérée des services de santé et d’éducation.

À cela s’ajoute l’incapacité totale de la SONIDEP à honorer ses engagements auprès des partenaires internationaux et des sous-traitants, aggravant encore le climat de défiance autour de l’économie nigérienne.

Souveraineté ou miroir aux alouettes ? Le bilan accablant de la junte

Face à ce fiasco industriel, la réaction du pouvoir est prévisible : pointer du doigt la CEDEAO, accuser l’Occident, ou rejeter la faute sur les gouvernements précédents. Pourtant, les Nigériens n’ont que faire des excuses. Ils observent, impuissants, la chute de leur économie et attendent des comptes. Plusieurs questions restent sans réponse :

  • Où sont les audits promis après le coup d’État de juillet 2023 ? Une transparence annoncée, mais jamais concrétisée.
  • Comment sont négociés les contrats pétroliers et miniers ? Des transactions opaques, des intermédiaires douteux, et aucun contrôle parlementaire.
  • À quoi servent les rares recettes encaissées ? Alors que les entreprises publiques s’effondrent, les deniers publics semblent disparaître dans le flou le plus total.

La souveraineté se juge à l’aune des résultats

La véritable souveraineté d’un pays ne se mesure pas aux discours enflammés, mais à sa capacité à fournir à ses citoyens ce dont ils ont besoin : des emplois stables, des services publics fonctionnels, et une épargne collective. Or, sous la junte du général Tiani, c’est l’inverse qui se produit : les entreprises stratégiques s’effondrent, les recettes s’évaporent, et la population trinque.

En utilisant la souveraineté comme paravent à leur incompétence, les dirigeants militaires transforment un idéal noble en instrument de propagande. Le peuple nigérien, lui, souffre au quotidien. Il mérite mieux qu’un théâtre onusien et des promesses non tenues : il mérite une économie qui tourne, des industries performantes, et une gestion transparente des ressources nationales.

Que faire face à ce naufrage ?

Les Nigériens, privés d’information fiable et de contre-pouvoirs, restent dans l’expectative. Pourtant, des pistes existent pour inverser la tendance :

  • Rétablir la transparence : Publier les audits des entreprises publiques et les contrats signés.
  • Réformer la gouvernance : Remplacer les managers incompétents par des experts indépendants.
  • Relancer les partenariats : Trouver des investisseurs fiables pour relancer la SOMAÏR et la SONIDEP, sans tomber dans les travers du passé.

Sans une remise en question radicale, le Niger risque de s’enfoncer dans une crise économique dont les conséquences sociales pourraient être désastreuses. Le temps des slogans est révolu : l’heure est à l’action.

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André Biyong

Journaliste