Niger : le général Tiani, prisonnier de son propre coup d’état et de la peur des casernes

Niger : le général Tiani, prisonnier de son propre coup d’état et de la peur des casernes
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Le palais de Niamey, un piège plutôt qu’un pouvoir

Il fut un temps où le général Abdourahamane Tiani évoluait dans l’ombre du palais présidentiel, loin des projecteurs, avec une simple mission : protéger. Aujourd’hui, c’est un homme traqué qui se cache derrière les murs épais du bunker du palais. Le coup d’État de juillet 2023, qu’il présentait comme un acte de salut national, s’est transformé en une prison dorée. Trois ans après sa prise de pouvoir, Tiani réalise qu’il a échangé un uniforme de soldat contre une cible sur son dos.

Le 29 août 2026 : quand l’armée a retourné ses armes contre son chef

Cette nuit-là, des unités en armes venues de plusieurs régions du Niger ont franchi une ligne rouge. Poussées par une colère refoulée, des factions de l’armée nigérienne ont attaqué la base aérienne de Niamey avant de se diriger vers le palais. Le général Tiani n’a dû son salut qu’à l’intervention des mercenaires d’Africa Corps, une aide qui lui coûte désormais sa crédibilité. Depuis, chaque murmure dans les casernes le fait sursauter, chaque déplacement est annulé, et sa liberté se résume aux quelques mètres carrés de son abri blindé.

Le général Barmou : l’erreur qui a embrasé les casernes

Pour tenter de stabiliser une situation qui lui échappait, Tiani a commis l’irréparable en septembre 2026 : il a destitué le général Moussa Salaou Barmou, chef d’état-major respecté et pilier du coup d’État de 2023. Une décision censée renforcer son autorité s’est transformée en une crise sanitaire pour son régime. Barmou, symbole de la légitimité des putschistes, a été placé en résidence surveillée. Mais loin de calmer les esprits, cette mesure a réveillé la colère des bataillons d’élite. Des officiers ont transmis des messages clairs : soit le pouvoir cesse ses purges, soit l’armée se soulève.

La révolte silencieuse des bataillons d’élite

Dans les couloirs des casernes, une fracture s’est ouverte entre ceux qui ont soutenu le général Tiani en 2023 et ceux qui voient désormais en lui un dictateur assoiffé de sang. Les bataillons d’infanterie de l’air et les forces spéciales, autrefois soudées par l’objectif commun du coup d’État, se divisent. Des ultimatums circulent, écrits à la hâte sur des feuilles volantes. Les demandes sont simples : la fin des arrestations arbitraires et le retour de Barmou à son poste. Pour Tiani, le message est clair : son pouvoir ne tient plus qu’à un fil, et ce fil s’effiloche un peu plus chaque jour.

Un pouvoir qui se meurt : les conséquences sur le Niger et ses citoyens

Le général Tiani n’est plus le maître du jeu au Niger. Sa préoccupation principale n’est plus la gestion du pays, mais sa propre survie. Les décisions économiques se font dans l’urgence, les partenariats internationaux sont gelés, et la population, déjà frappée par l’inflation et la pénurie de carburant, se retrouve prise en otage par cette guerre invisible au sommet de l’État. Les marchés de Niamey ferment plus tôt, les files d’attente devant les stations-service s’allongent, et le sentiment de précarité grandit. Pendant que le général reste confiné, c’est tout un pays qui vacille.

L’économie nigérienne en chute libre

L’instabilité politique a des répercussions immédiates sur le quotidien. Le franc CFA, déjà fragile, subit la pression des incertitudes. Les investisseurs étrangers, inquiets, reportent leurs projets. Les entreprises locales, privées de liquidités et de visibilité, licencient. Dans les rues de Niamey, les prix des denrées de base flambent, et les salaires, eux, stagnent. Les Nigériens paient le prix fort d’un pouvoir qui s’effondre de l’intérieur, incapable de tenir ses promesses de stabilité et de prospérité.

Ce qu’il reste du général Tiani : un soldat devenu la proie de ses propres troupes

Ancien spécialiste des coups d’État, Tiani connaît mieux que quiconque les règles du jeu. Il sait que le vrai danger ne vient pas des djihadistes ou des frontières instables, mais des hommes en uniforme autour de lui. Son histoire est celle d’un soldat qui a cru pouvoir jouer avec les armes et en a perdu le contrôle. Aujourd’hui, il incarne l’échec d’un pouvoir né dans le sang et condamné à mourir dans la peur. Que restera-t-il de son règne ? Une page sombre de l’histoire du Niger, gravée dans la mémoire d’une nation qui ne mérite pas de subir les conséquences de l’ambition démesurée d’un seul homme.

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André Biyong

Journaliste