Niger : à Niamey, la rue saccage l’eau des Russes d’Africa Corps

Niger : à Niamey, la rue saccage l’eau des Russes d’Africa Corps
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À Niamey, des sachets d’eau piétinés en pleine rue

Des montagnes de sachets plastiques éventrés, de l’eau potable qui s’infiltre dans la terre aride du Sahel, et une foule qui laisse éclater sa rage. La scène, filmée puis largement diffusée sur les réseaux sociaux, dit tout du retournement de l’opinion publique dans la capitale nigérienne. Ce chargement ne s’est pas renversé par hasard : il était destiné à une base où sont installés les éléments russes d’Africa Corps, la structure qui a succédé à l’empire Wagner sur le continent.

Pour les habitants du quartier, intercepter ce convoi et crever méthodiquement chaque pack d’eau n’est plus une simple protestation. C’est un refus, celui d’un renoncement à la souveraineté, alors que les manifestants réclament le départ sans délai des forces russes, qu’ils accusent d’avoir fait couler le sang de soldats nigériens sur le sol national.

Nuit du 28 au 29 août : l’engrenage qui a tout fait basculer

Pour saisir l’ampleur de la fureur qui monte dans les rues, il faut revenir à ces deux journées de la fin août 2026. Une tentative de déstabilisation ébranle alors l’appareil sécuritaire du pays. Plutôt que de s’en remettre aux seules forces régulières de la nation, le chef de la junte, le général Abdourahamane Tiani, opte pour une décision aux conséquences lourdes.

Des paramilitaires russes autorisés à ouvrir le feu

Dans la confusion des affrontements, l’ordre tombe directement : les paramilitaires d’Africa Corps doivent intervenir. Les combattants russes tirent alors sur des éléments de l’armée nigérienne. Le bilan exact demeure impossible à établir, verrouillé par le pouvoir militaire, mais l’information a circulé à une vitesse fulgurante dans les casernes comme dans les foyers : des forces étrangères ont fait feu sur des Nigériens, sur instruction du commandement de Niamey.

Une transition qui a troqué une tutelle contre une autre

Cet épisode sanglant expose les dérives d’un pouvoir de transition chaque jour plus isolé et plus fébrile. En remettant la sécurité du régime entre les mains d’instructeurs et de combattants étrangers plutôt qu’à l’armée nationale, le général Tiani commet une faute à la fois politique et éthique.

Arrivé au pouvoir en promettant de restaurer la souveraineté du pays et de chasser les forces occidentales, le régime militaire semble n’avoir fait que changer de dépendance, pour une tutelle plus brutale et coupée des réalités locales. En laissant Africa Corps viser des militaires nigériens, il a franchi une ligne rouge et brisé le pacte de confiance qui liait la population, l’armée et ses dirigeants. La junte ne s’appuie plus sur la légitimité populaire, mais sur une garde prétorienne privée payée au prix fort.

Dans le quartier, la parole se libère

Là où le camion a été stoppé et sa cargaison dispersée à la hâte, la tension reste palpable. La présence étrangère est désormais vécue comme une occupation.

« Nous avions accepté le départ des troupes occidentales parce qu’on nous promettait la vraie liberté », raconte Ibrahim, commerçant du secteur. « Mais aujourd’hui, on voit des mercenaires russes tirer sur nos frères et nos enfants qui portent l’uniforme du Niger. Tiani leur a donné le droit de vie et de mort sur nous. Vider ces cartons et percer ces sachets d’eau, c’est le seul moyen pacifique de dire qu’ils ne sont pas les bienvenus ici. »

Autour du véhicule vidé de sa cargaison, les jeunes tiennent le même discours. Pour Aïchatou, étudiante à Niamey, le geste marque une rupture définitive.

« Tous ces sachets d’eau étaient destinés à désaltérer ceux qui ont tué nos soldats il y a quelques jours. C’était insupportable. Le peuple nigérien n’a pas chassé une armée pour laisser des mercenaires faire la loi chez nous et tirer sur nos troupes. Si la junte refuse de les renvoyer, c’est le peuple qui s’en chargera. »

Un pouvoir acculé face à sa propre population

L’incident ne relève pas du fait divers. Il s’inscrit dans un mouvement de contestation qui gagne du terrain à Niamey et dans les grandes villes du pays. En cherchant à sauver son pouvoir coûte que coûte lors de la crise de fin août, le général Tiani s’est aliéné une partie de l’armée régulatrice et a rallumé la colère citoyenne.

En confiant la force publique à des mercenaires d’Africa Corps, la junte s’enferme dans un face-à-face périlleux avec son propre peuple. Le saccage de ce convoi de ravitaillement le démontre : le sentiment d’injustice a quitté le terrain des discours pour s’incarner dans la rue.

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André Biyong

Journaliste