Niger : à Arlit, l’effondrement de la Somaïr met à nu le retard technique derrière le discours souverainiste

Niger : à Arlit, l’effondrement de la Somaïr met à nu le retard technique derrière le discours souverainiste
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Une production d’uranium qui s’effondre en trois mois

On l’avait présentée comme la démonstration éclatante qu’une souveraineté minière reconquise était enfin à portée de main. La reprise en main de la Société des mines de l’Aïr (SOMAÏR) par des équipes exclusivement locales accouche pourtant d’un résultat industriel difficile à masquer : un décrochage d’une brutalité inédite.

Les chiffres de conjoncture du ministère des Finances nigérien sont sans appel. Au cours du premier trimestre 2026, la production nationale d’uranium a plongé de 83,3 %, s’établissant à 31,2 tonnes seulement. Trois mois plus tôt, elle atteignait encore 186,3 tonnes. Un tel écart ne relève pas de l’incident de parcours : il traduit l’arrêt quasi complet d’un outil industriel.

Le corridor d’importation, bouc émissaire idéal

Face à ce constat, l’exécutif s’empresse de désigner un coupable : les « contraintes logistiques sur le corridor d’importation des intrants ». L’explication a le mérite de la commodité puisqu’elle déplace le débat vers les routes plutôt que vers ceux qui pilotent l’exploitation.

Il serait malhonnête de nier la réalité du problème. L’acheminement de l’acide sulfurique, indispensable au traitement du minerai, comme celui des pièces détachées, se heurte bel et bien au blocage des itinéraires d’approvisionnement classiques. Mais faire porter à la seule logistique la responsabilité d’une chute de plus de 80 % relève du tour de passe-passe.

Anticiper, stocker, entretenir : les bases que personne n’a posées

Une usine de traitement de l’uranium ne se conduit pas à l’instinct. La gestion des stocks critiques, l’évaluation en amont des besoins en réactifs et la maintenance préventive d’équipements de haute précision supposent une discipline technique et une capacité d’anticipation que la nouvelle direction n’a visiblement jamais su installer. Une rupture d’approvisionnement se prépare des mois à l’avance ; elle ne se découvre pas le jour où les cuves sont vides.

Sur le site d’Arlit, les failles d’un commandement inadapté

Loin des tribunes et des envolées patriotiques, le quotidien de l’exploitation raconte une autre histoire. Les erreurs de conduite technique et l’absence de compétences pointues pèsent directement sur les installations :

  • Aucune planification des approvisionnements : incapables de prévoir l’épuisement des stocks de réactifs chimiques, les responsables ont laissé la chaîne de production fonctionner jusqu’à la paralysie complète.
  • Maintenance abandonnée : la mauvaise gestion des pièces d’usure sur les broyeurs lourds et les systèmes de filtration a provoqué des arrêts en cascade, bien avant même que les intrants ne viennent à manquer.
  • Expertise gaspillée : l’éviction ou le départ des ingénieurs les plus expérimentés a ouvert la voie à un commandement politique, déconnecté des exigences réelles du métier.

Le prix réel d’une souveraineté proclamée

Extraire de l’uranium ne consiste pas à actionner des manettes ni à multiplier les déclarations enflammées sur les plateaux de télévision. L’industrie nucléaire est impitoyable avec l’approximation : elle sanctionne immédiatement ceux qui abordent une installation de haute technologie avec des réflexes dépassés par les normes du secteur.

En s’obstinant à démontrer qu’il pouvait se passer d’une expertise extérieure sans disposer des compétences nécessaires pour la remplacer, le pouvoir en place a fini par asphyxier le principal poumon minier du pays. Et l’addition, comme souvent, sera acquittée par le Trésor public.

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Suzanne Ntouba

Journaliste