Trois ans après le coup d’État au Niger : un gel des relations toujours persistant
Le 30 juillet 2023, soit quatre jours après la prise de pouvoir par les militaires à Niamey, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) exigeait le rétablissement immédiat du président Mohamed Bazoum dans ses fonctions. L’organisation régionale n’a pas hésité à brandir la menace de sanctions et même d’une intervention militaire pour faire plier les nouveaux dirigeants nigériens.
Cette posture ferme de la Cédéao a été perçue comme une provocation par le Mali et le Burkina Faso, eux aussi dirigés par des juntes militaires. Ces trois nations, autrefois membres actifs de l’organisation, ont choisi de s’unir pour former l’Alliance des États du Sahel (AES) en 2024. Leur retrait officiel de la Cédéao est devenu effectif en janvier 2025, mais des canaux de communication persistent entre les deux blocs.
Lansana Kouyaté, médiateur désigné entre l’AES et la Cédéao
Face à cette impasse diplomatique, les pays de l’AES ont finalement accepté la nomination de l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté comme principal négociateur de la Cédéao. Lors de la dernière réunion organisée à Freetown le 18 juillet 2026, la Commission de la Cédéao, dirigée par le Sénégalais Birame Diop, a reçu pour instruction de privilégier les échanges sur les enjeux sécuritaires régionaux.
Cette initiative suscite un optimisme mesuré : « Le processus est prometteur car les deux parties partagent une volonté commune de dialoguer », confie un observateur des relations internationales. Le Niger, en particulier, présente une particularité stratégique : son approvisionnement en électricité et son accès au port de Cotonou (Bénin) transitent par le Nigeria et le Bénin, deux États membres de la Cédéao. Lansana Kouyaté devrait donc intégrer ces contraintes géopolitiques dans ses propositions.
Un changement d’approche avec les nouveaux dirigeants ouest-africains
Le rétablissement du dialogue doit beaucoup à l’arrivée de nouveaux dirigeants au sein des instances régionales. Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, élu en 2024, s’est rendu dès mai 2024 dans les trois pays de l’AES pour tenter d’apaiser les tensions. De même, le Bénin, sous la présidence de Romuald Wadagni, a choisi de faire du Niger sa première destination officielle après son investiture, avant de se rendre au Burkina Faso et au Mali.
Selon un spécialiste des organisations africaines : « Ces nouveaux leaders ne sont pas perçus comme des figures de l’ancien système que les juntes rejetaient. La nouvelle équipe de la Cédéao à Abuja propose un programme moins idéologique, plus pragmatique ».
Le sort de Mohamed Bazoum : un obstacle persistant au dialogue ?
Malgré ces avancées, la détention prolongée de l’ancien président nigérien Mohamed Bazoum et de son épouse reste un point de blocage majeur. Son conseiller spécial, Sahanine Mahamadou, souligne que la Cédéao n’a jamais cessé de proposer des discussions, accusant les militaires au pouvoir de rejeter systématiquement l’ouverture. « Si ces dirigeants sont réellement patriotes, ils doivent envisager un retour à l’ordre constitutionnel. Le monde a changé : un gouvernement militaire n’est plus une option viable pour nos États », déclare-t-il.
En mars 2025, une résolution du Parlement européen a condamné à une large majorité la détention de Mohamed Bazoum, exigeant sa libération immédiate. Cette prise de position a été rejetée par Niamey, qui y voit une ingérence inacceptable dans ses affaires intérieures.
L’Union européenne face au dilemme : principes ou pragmatisme ?
Pour Jérôme Pigné, fondateur du Réseau de réflexion stratégique sur la sécurité au Sahel, l’Europe se trouve dans une position délicate. La détention de Mohamed Bazoum pèse lourdement sur les relations avec Niamey, mais le Niger reste un partenaire historique de Bruxelles. « L’UE doit-elle sacrifier ses valeurs au nom de la realpolitik ? C’est un exercice d’équilibriste, et pour l’instant, personne n’a trouvé la solution idéale », analyse-t-il.
Une étude récente de la fondation allemande SWP suggère que l’Europe pourrait renforcer sa coopération avec les juntes militaires en misant sur des investissements massifs dans la stabilisation économique et sécuritaire des pays du Sahel. Parmi les pistes évoquées : partage de renseignements, fourniture de matériel militaire et formation des forces locales. « L’UE ne doit pas s’illusionner sur sa capacité à faire évoluer ces régimes. Le dialogue politique doit se poursuivre, mais avec des attentes réalistes », conclut l’analyse.
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