10 septembre 2026

Burkina Voix

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Massacre de civils à Bandiagara : la CNDH somme l’État malien d’assumer ses devoirs régaliens

Alors que le centre du Mali s’enlise dans une escalade de violences incontrôlées, la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) a brisé le silence après les attaques meurtrières de Ningari et Sarédina. Cette prise de position met en exergue les carences structurelles de la politique sécuritaire menée par les autorités de transition.

Le scénario est devenu tragiquement familier : des villages pris pour cible, des civils désarmés exécutés, des habitations réduites en cendres, puis la litanie habituelle de communiqués officiels dénonçant l’horreur et promettant des mesures. Les récentes exactions perpétrées dans le cercle de Bandiagara, plus précisément à Ningari et Sarédina, rappellent une réalité brutale que le discours officiel tente de masquer : malgré les proclamations sur la montée en puissance des Forces armées maliennes (FAMa), la protection quotidienne des citoyens demeure un échec patent.

Le mirage du contrôle territorial et l’abandon des civils

La déclaration de la CNDH, signée par sa présidente par intérim, Me Aissata Founè Tembely, constitue un avertissement sévère adressé au pouvoir de Bamako. En insistant sur le fait que la sauvegarde des personnes et de leurs biens est une « obligation régalienne première » de l’État, la CNDH dresse un constat accablant d’inefficacité administrative et militaire sur le terrain.

Dans le Pays Dogon, le vide sécuritaire provoqué par l’absence ou l’impuissance des dispositifs étatiques expose les habitants aux assauts des groupes armés terroristes. Pendant que le discours public se focalise sur la souveraineté nationale et la maîtrise de la communication, le contrat social fondamental entre l’État et les populations du Centre est rompu. La souveraineté ne se mesure pas à la fermeté des déclarations prononcées à Bamako, mais à la capacité effective de protéger la vie d’un agriculteur ou d’un commerçant à Ningari.

L’impunité institutionnalisée et l’éternel refrain des enquêtes

Comme à chaque drame, la CNDH exige l’ouverture d’enquêtes « indépendantes et impartiales » afin de traduire les responsables en justice. Mais quelle crédibilité accorder à ces appels dans un système judiciaire à l’arrêt dans les zones de conflit ?

La succession des massacres sans qu’aucun procès d’envergure ne vienne établir les responsabilités nourrit un sentiment dévastateur d’impunité. Faute de poursuites concrètes, les demandes d’enquêtes se transforment en un rituel bureaucratique destiné à combler un vide institutionnel. Cette justice défaillante érode la confiance des populations envers l’État et pousse inévitablement les communautés à se tourner vers des logiques d’autodéfense ou des alliances opportunistes, accentuant la fragmentation du tissu social.

Le piège du tout-militaire et les dérives du droit humanitaire

En appelant les FAMa à respecter scrupuleusement le Droit international humanitaire (DIH), la CNDH dénonce également les dangers d’une stratégie exclusivement militaire et dépourvue de garde-fous. Dans leur lutte contre les groupes terroristes, les forces de sécurité et leurs supplétifs sont fréquemment accusés par la société civile de commettre des amalgames et des exactions contre les populations locales.

Cette approche, qui privilégie les résultats chiffrés et les effets d’annonce médiatiques au détriment d’une sécurisation durable des communautés, produit l’effet inverse de celui escompté. Chaque bavure ou exécution sommaire devient un puissant levier de recrutement pour les extrémistes. En rappelant que la lutte antiterroriste ne saurait se soustraire au respect des droits humains, la CNDH met en garde : une victoire militaire acquise au mépris du droit n’est qu’une illusion qui prépare les révoltes de demain.

L’avertissement de la CNDH est sans équivoque. Si les autorités de transition persistent à privilégier la posture politique et la communication sécuritaire au détriment d’une protection réelle, impartiale et judiciaire de leurs citoyens, le Mali risque de perdre bien plus que des territoires : il perdra la légitimité même de son État.