19 juin 2026

Burkina Voix

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Maroc : l’islam modéré comme bouclier face à la radicalisation

À la suite des attentats de Casablanca en 2003, les autorités marocaines ont choisi de ne pas limiter leur réponse au seul renforcement des dispositifs sécuritaires. Elles ont également engagé une vaste réforme visant à mieux encadrer le champ religieux, notamment à travers la formation des imams et la prévention des discours extrémistes.

Selon une analyse récente, cette approche s’inscrit dans une stratégie globale de prévention, de déradicalisation et de consolidation des institutions religieuses.

La Commanderie des croyants au cœur du dispositif

Au centre de ce modèle figure la Commanderie des croyants (Imarat al-Mouminine), institution placée sous l’autorité du roi Mohammed VI et inscrite dans la Constitution marocaine. Elle confère au souverain une légitimité religieuse lui permettant d’arbitrer les questions doctrinales et de promouvoir un islam de modération.

Alexandre Negrus, président de l’Institut d’études de géopolitique appliquée et co-auteur du rapport, souligne que la Commanderie des croyants constitue la pierre angulaire de l’ensemble du dispositif. Selon lui, « ce qui distingue le Maroc des autres États ayant tenté de réguler le champ religieux est que cette régulation s’exerce de l’intérieur même de la sphère religieuse, le souverain étant reconnu comme une autorité religieuse et non comme un simple superviseur politique ».

Le modèle marocain repose également sur trois références doctrinales majeures : le malikisme, tradition juridique historiquement implantée au Maghreb et au Sahel ; l’acharisme, qui favorise une articulation entre foi et raison ; et le soufisme, qui répond aux aspirations spirituelles et communautaires parfois exploitées par les mouvements extrémistes.

Un modèle qui inspire plusieurs pays du Sahel

Pour de nombreux observateurs, le Royaume a su élaborer une réponse originale à la menace extrémiste en privilégiant la prévention et l’encadrement religieux en complément des mesures sécuritaires.

Cette analyse est partagée par Driss Aït Youssef, expert des questions de sécurité. Selon lui, plusieurs pays du Sahel confrontés à la menace djihadiste peuvent s’inspirer de certains aspects de l’expérience marocaine.

L’expert souligne toutefois que « la transposition du modèle présente des limites importantes. Il estime que la stabilité observée au Maroc repose en grande partie sur le statut particulier du roi Mohammed VI en tant que Commandeur des croyants, une fonction qui bénéficie également d’une reconnaissance auprès des populations ». Cette légitimité contribue, selon lui, à structurer et à réguler durablement le champ religieux.

L’étude met également en avant les initiatives marocaines en matière de prévention et de déradicalisation, à travers le programme Moussalaha, qui vise la réconciliation religieuse et sociale des personnes condamnées pour des faits liés au terrorisme. Elle rappelle aussi le rôle de l’Institut Mohammed VI, qui forme chaque année plusieurs centaines d’imams africains afin de promouvoir un islam de modération dans différents pays de la région.

Des limites face aux défis du numérique et de la transférabilité

Malgré ses résultats, le modèle marocain n’est pas exempt de critiques ou de défis. Alexandre Negrus relève notamment que « la standardisation des prêches permet d’empêcher l’utilisation des mosquées officielles comme vecteurs de discours radicaux. Toutefois, cette démarche semble favoriser l’émergence d’un islam institutionnel parfois perçu comme éloigné des préoccupations quotidiennes des fidèles ».

Il identifie également la montée en puissance des espaces numériques comme l’un des principaux défis actuels. Les discours radicaux circulent désormais largement en dehors des cadres traditionnels de régulation religieuse, ce qui réduit l’efficacité des mécanismes de contrôle institutionnels.

Autre limite soulevée par l’étude : la difficulté à reproduire ce modèle dans d’autres contextes nationaux. Si plusieurs États sahéliens s’en inspirent, ses fondements reposent largement sur des spécificités marocaines, notamment la Commanderie des croyants et la légitimité historique de la monarchie, des éléments qui ne disposent pas d’équivalents dans la plupart des pays de la région.

Les auteurs du rapport considèrent ainsi que le modèle marocain doit davantage être vu comme une source d’inspiration que comme une formule reproductible à l’identique. Ils estiment qu’il offre néanmoins des pistes de réflexion utiles pour renforcer la résilience des sociétés confrontées à la radicalisation et aux fractures identitaires, dans un contexte sahélien marqué par de fortes turbulences sécuritaires.