27 juillet 2026

Burkina Voix

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Mali : violences meurtrières de l’armée et des milices dans la région de Ségou

Des opérations militaires meurtrières menées par l’armée malienne et des milices alliées ont coûté la vie à au moins 31 civils dans deux villages de la région de Ségou, au centre du Mali, les 2 et 13 octobre. Ces exactions, qui incluent des exécutions sommaires et des incendies de maisons, s’inscrivent dans un contexte de violence persistante dans cette zone contrôlée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda.

Des attaques ciblées contre des villageois désarmés

Le 2 octobre, des soldats maliens accompagnés de miliciens dozos ont fait irruption dans le village de Kamona. Selon des témoignages recueillis sur place, les forces armées ont sommairement exécuté au moins 21 hommes, tous âgés de 20 à 65 ans, après les avoir accusés de collaborer avec le GSIM. Dix habitations ont également été réduites en cendres. Les villageois ont évoqué la présence de militaires en tenue de camouflage et de miliciens reconnaissables à leurs vêtements traditionnels et leurs amulettes.

Des habitants ont affirmé que les combattants du GSIM avaient alerté la population de l’arrivée des troupes, permettant à certains de fuir. Cependant, ceux qui n’ont pas pu s’échapper ont été rassemblés et abattus. Un survivant a raconté : « Les corps étaient criblés de balles, certains avaient la tête fracassée. Des douilles jonchaient le sol. »

Les villageois ont enterré 17 corps sous un arbre du village, tandis que quatre autres cadavres ont été retrouvés au nord de Kamona. Une liste de 21 victimes a été établie, mais les habitants estiment que le bilan pourrait être bien plus lourd, évoquant jusqu’à 15 autres hommes portés disparus dans la brousse.

Une seconde vague d’exactions dans le village de Balle

Treize jours plus tard, le 13 octobre, des militaires et des miliciens dozos ont à nouveau frappé, cette fois dans le village de Balle, situé à environ 55 kilomètres de Kamona. Vers 13 heures, une dizaine de civils, dont une femme de 55 ans, ont été abattus. Les assaillants ont également volé plus d’une centaine de têtes de bétail. Un habitant de 24 ans a témoigné : « J’ai vu les soldats fouiller les maisons et frapper les hommes. Des coups de feu ont retenti, et je me suis enfui. »

Un autre témoin a découvert les dix corps dispersés dans le village : « Ils gisaient les uns à côté des autres, certains avec des membres brisés. Les balles avaient transpercé leurs corps. » La fille de la victime féminine a relaté : « Ma mère s’est interposée pour dénoncer les violences commises par les soldats. Ils l’ont traînée vers le groupe d’hommes et l’ont exécutée. »

Un bilan accablant et des réactions mitigées

Le chef d’État-Major des Armées du Mali a justifié ces opérations par la neutralisation de « vingtaine de terroristes ». Pourtant, des habitants de Balle ont confirmé que leur village était sous le contrôle du GSIM depuis plusieurs années. « Nous payons la zakat aux djihadistes, qui règlent les conflits locaux. L’armée ne fait aucune distinction entre eux et nous. »

Ces massacres surviennent dans un contexte où le GSIM intensifie ses attaques autour de Bamako, provoquant une crise humanitaire sans précédent. Depuis 2012, les violences au Mali ont fait des milliers de morts et déplacé plus de 400 000 personnes. Les exactions documentées par des organisations indépendantes incluent des abus commis tant par les forces gouvernementales que par les groupes armés.

Des appels à la justice et à la reddition de comptes

Les autorités maliennes sont appelées à mener une enquête impartiale et à traduire en justice les responsables de ces crimes. Le Mali, bien que retiré de la Cour pénale internationale (CPI), reste soumis au Statut de Rome jusqu’en 2026. Une enquête de la CPI sur les crimes de guerre présumés commis depuis 2012 est en cours.

L’Union africaine (UA) est également interpellée pour renforcer ses actions diplomatiques et coordonner les efforts régionaux afin de mettre fin à l’impunité. Des experts soulignent l’urgence d’agir pour protéger les populations civiles et rétablir un climat de sécurité durable.