Mali : quand les promesses d’Assimi Goïta se heurtent à la réalité quotidienne des Maliens

Mali : quand les promesses d’Assimi Goïta se heurtent à la réalité quotidienne des Maliens
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Le discours « triomphant » du 22 septembre : une analyse contrastée par les faits

Lors de son allocution à l’occasion de la fête nationale, le président de la Transition malienne, le général Assimi Goïta, a présenté une vision optimiste de la situation du pays. Entre relance économique annoncée, renforcement de l’armée et souveraineté affichée, le discours officiel a mis en avant des avancées majeures. Pourtant, une analyse approfondie révèle un écart criant entre ces déclarations et les défis réels auxquels font face les habitants du Mali. Pour les citoyens, les entreprises et les acteurs locaux, les conséquences de ce décalage se mesurent au quotidien : insécurité persistante, pouvoir d’achat en chute libre et climat politique tendu.

Sécurité malienne : l’armée en première ligne d’un échec stratégique

Le président Goïta a souligné, lors de son discours, les progrès de la réorganisation des Forces armées maliennes (FAMa), présentées comme plus efficaces et mieux équipées. Cette communication met en avant une prétendue « montée en puissance » de l’armée, en collaboration avec les partenaires de l’Alliance des États du Sahel (AES). Pourtant, les faits sur le terrain démentent cette version.

Les zones rurales et certains axes stratégiques du pays restent en proie à une insécurité endémique. Les attaques répétées menées par des groupes armés comme le JNIM ou les indépendantistes touaregs illustrent l’incapacité des forces de défense à garantir la sécurité, malgré les annonces officielles. Les pertes humaines et matérielles, comme lors des affrontements de Tinzawatène ou des assauts contre des bases militaires clés (Dioura, Sévaré), soulignent une réalité bien loin des promesses d’autonomie et de victoire. La dépendance accrue envers les forces paramilitaires russes du groupe Africa Corps, désormais connu sous le nom d’Africa Corps, ne fait que confirmer l’affaiblissement de la souveraineté militaire malienne. Les concessions minières et financières accordées en échange de ce soutien mettent en lumière une stratégie coûteuse, qui ne résout pas les problèmes structurels de l’armée.

Croissance économique annoncée : un mirage pour les Maliens

Dans son discours, le général Goïta a évoqué une croissance économique supérieure à 5 %, présentée comme le résultat des réformes et de la mobilisation des ressources internes. Une belle performance sur le papier, mais qui ne reflète absolument pas la réalité vécue par les Maliens.

Le taux d’inflation élevé grignote le pouvoir d’achat des ménages, et les prix des produits de première nécessité, comme le riz, l’huile ou le sucre, continuent d’exploser, surtout à Bamako et dans les grandes villes. Les entreprises locales, quant à elles, subissent de plein fouet les coupures d’électricité récurrentes imposées par la société nationale EDM-SA. Ces délestages fréquents paralysent la production et étouffent l’économie informelle, qui représente une part majeure de l’activité économique du pays. Enfin, les retombées des richesses minières, souvent citées comme un levier de développement, peinent à se concrétiser pour la population. Les recettes issues de l’exploitation minière sont massivement réallouées pour financer des dépenses non prioritaires, notamment le soutien aux forces paramilitaires étrangères, au détriment des besoins sociaux urgents.

Dialogue national : une rhétorique en opposition avec la répression

Le président a également réitéré son appel à la réconciliation nationale et à la cohésion sociale, promouvant la Charte pour la paix comme une solution aux tensions internes. Pourtant, sur le terrain, cette volonté de dialogue semble se heurter à une réalité bien différente.

Les acteurs politiques, les journalistes et les défenseurs des droits humains qui osent critiquer la gestion de la Transition font face à des représailles systématiques. Enquêtes judiciaires, détentions arbitraires ou intimidations sont monnaie courante pour quiconque remet en cause l’action des autorités. Par ailleurs, le rejet unilatéral des accords de paix passés, couplé à une approche purement militaire dans le nord du pays, a enterré toute velléité de médiation pacifique. Résultat : les mécanismes de dialogue inclusif ont cédé la place à une escalade des tensions et à une fragmentation accrue du pays. Pour les communautés du Nord, cette politique a transformé les anciennes promesses de paix en un leurre dangereux.

Le fossé entre le discours et le quotidien : un bilan accablant pour la Transition

En résumé, le discours du président Assimi Goïta lors de la fête nationale présente une image idéalisée du Mali, en décalage total avec les réalités vécues par les citoyens. Entre un appareil sécuritaire fragilisé, une économie en difficulté et une gouvernance qui se referme sur elle-même, les promesses de souveraineté et de progrès social peinent à cacher les fissures d’un système aux abois. Pour les Maliens, le « Malikura » promis reste une illusion lointaine, tandis que les défis quotidiens s’accumulent, mettant en lumière l’urgence d’une refonte profonde de la politique nationale.

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Suzanne Ntouba

Journaliste