Mali : quand les crimes de guerre et l’impunité plongent les civils dans le chaos
Le Mali sombre-t-il dans une spirale d’impunité et de violence où les civils paient le prix fort ? Un récent rapport accablant révèle l’ampleur des exactions commises entre 2023 et 2025, impliquant les forces armées maliennes et leurs alliés. Entre meurtres ciblés, frappes aériennes douteuses et tortures systématiques, les conséquences pour les populations de Ségou, Mopti et Tombouctou sont dévastatrices. Face à cette réalité, la question de la responsabilité et de la justice devient un enjeu de survie pour des milliers de familles.
Des villages sous le feu des opérations militaires
Les régions de Ségou, Mopti et Tombouctou, déjà fragilisées par l’insécurité, subissent de plein fouet les répercussions d’un conflit aux lignes floues. Entre juin 2023 et décembre 2025, au moins 34 civils ont trouvé la mort lors d’opérations attribuées aux Forces armées maliennes (FAMa) et à leurs partenaires étrangers. Les témoignages recueillis par des enquêteurs locaux, dont certains réfugiés en Mauritanie, décrivent des scènes d’horreur : exécutions sommaires, pillages et destructions de biens essentiels.
À Tin Adanda, en février 2025, une patrouille conjointe aurait abouti à la mort de quatre personnes, dont des civils désarmés. Les récits des survivants évoquent aussi des cas d’égorgement et de brûlures, signes d’une violence méthodique. L’une des cibles privilégiées de cette répression ? Les communautés pastorales, peules, arabes et touarègues, souvent suspectées à tort de liens avec les groupes armés en raison de leur localisation géographique.
Des frappes de drones meurtrières et non ciblées
Parmi les épisodes les plus marquants, deux frappes de drones en 2025 ont fait au moins 23 morts, dont cinq enfants, selon les investigations. Le 16 mars, le marché d’Ejdeir, théâtre d’une frappe à Tombouctou, a payé un lourd tribut : 16 morts et sept blessés. Aucune preuve n’a été trouvée pour justifier l’attaque, si ce n’est l’affirmation des autorités maliennes évoquant des « réunions de terroristes ». Une version que les experts en droit international humanitaire qualifient de défaillante, voire de crime de guerre.
La torture, arme invisible de la répression
Dans l’ombre des combats, des détenus subissent des sévices d’une extrême brutalité. Quinze hommes interrogés par des enquêteurs locaux ont décrit des actes de torture perpétrés dans des bases militaires de Léré et Nampala, parfois en présence de combattants étrangers. Suspensions prolongées, noyades simulées, décharges électriques et coups avec des barres métalliques : les méthodes utilisées laissent peu de doutes sur la volonté d’humilier et de briser les victimes.
Cinq prisonniers seraient morts des suites de ces tortures ou dans des conditions de détention inhumaines, privées de contact avec l’extérieur pendant des semaines, voire des mois. L’Africa Corps, successeur du groupe Wagner depuis juin 2025, est pointé du doigt pour ces agissements, bien que des militaires maliens soient également impliqués. Une situation qui soulève des questions sur la chaîne de commandement et les mécanismes de contrôle, alors que Bamako renforce ses liens avec Moscou.
L’ombre d’Africa Corps et l’épineuse question de la justice
Avec le retrait officiel de Wagner et l’arrivée de l’Africa Corps, les autorités maliennes ont tenté de donner une nouvelle image de leur collaboration militaire. Pourtant, Amnesty International rappelle que ce changement de structure ne saurait exonérer les forces engagées de leurs responsabilités. Les rapports évoquent des opérations où des étrangers interviennent aux côtés des FAMa, sans cadre juridique clair ni transparence sur les règles d’engagement appliquées.
Le Mali, qui a annoncé son retrait du Statut de Rome en juin 2026, se trouve désormais dans une zone grise juridique. Bien que la Cour pénale internationale (CPI) conserve une compétence rétroactive, la justice locale reste sous pression. Amnesty exige pourtant des enquêtes « indépendantes et transparentes », tandis que les familles des victimes réclament réparation. Une attente d’autant plus pressante que plus de 2 000 écoles restent fermées, privant une génération entière d’éducation.
Un conflit où chaque camp porte sa responsabilité
Si les forces maliennes et leurs alliés sont clairement mis en cause, le rapport rappelle qu’aucun camp n’est épargné. Les groupes armés, actifs dans le centre et le nord du pays, ont également commis des exactions : enlèvements, homicides arbitraires et destructions de propriétés. Pour les civils, pris entre deux feux, la survie quotidienne devient un défi de chaque instant. Les déplacements massifs de populations et la fermeture des services essentiels aggravent une crise humanitaire déjà critique.
Les victimes, souvent anonymes, incarnent l’échec collectif d’un État qui peine à protéger ses citoyens. Entre l’absence de réponse des autorités à l’égard du rapport et le climat d’impunité généralisé, le Mali semble s’enfoncer dans une logique de violence cyclique. Reste une question cruciale : dans un pays où l’insécurité persiste, comment garantir la sécurité des populations sans tomber dans l’arbitraire ?
L’impunité, ou la mort lente des espoirs de paix
Le rapport d’Amnesty n’est pas qu’une liste d’accusations : c’est un cri d’alarme. Les crimes documentés entre 2023 et 2025 ne sont pas des exceptions, mais des symptômes d’un système qui tolère l’injustice. Des villages entiers vidés de leurs habitants, des familles décimées, des survivants marqués à vie par la torture ou la perte de proches. Pour ces communautés, l’urgence n’est plus seulement sécuritaire, mais aussi judiciaire et morale.
Les autorités maliennes sont aujourd’hui face à un choix : poursuivre la voie de l’opacité et risquer une radicalisation accrue, ou engager une refonte des pratiques militaires pour rétablir la confiance. La communauté internationale, quant à elle, observe. Mais entre les mots et les actes, combien de vies humaines seront encore sacrifiées ?