25 août 2026

Burkina Voix

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Mali : quand critiquer le pouvoir devient un crime d’État

Un tribunal de Bamako a rendu son verdict : sept années de prison ferme pour deux voix dissidentes qui ont osé défier l’autorité du gouvernement de transition dirigé par le général Assimi Goïta. Mohamed Youssouf Bathily, plus connu sous le pseudonyme de Ras Bath, et l’influenceuse Rokia Doumbia, alias Rose « la vie chère », ont été condamnés à dix ans d’emprisonnement, dont trois avec sursis, pour des accusations aussi floues qu’inquiétantes : « association de malfaiteurs » et « atteinte au crédit de l’État ».

Cette sentence, loin d’être exceptionnelle, illustre une tendance de plus en plus préoccupante au Mali, où la liberté d’expression semble avoir été sacrifiée sur l’autel d’une stabilité politique de façade. Les critiques acerbes de Ras Bath et de Rose « la vie chère » envers les autorités ont visiblement dépassé les limites tolérées par un régime qui n’hésite plus à brandir la justice comme une arme de répression massive.

Une répression qui s’étend bien au-delà des micros et des réseaux sociaux

Les deux condamnations ne sont que la partie émergée d’un iceberg bien plus vaste. Depuis le début de la transition militaire, les cas de figures publiques réduites au silence se multiplient, chacun devenant un symbole de la répression qui s’installe durablement dans le paysage malien :

  • Étienne Fakaba Sissoko, économiste et ancien conseiller présidentiel, croupit en prison pour avoir publié un livre dénonçant les dysfonctionnements de la gestion de la transition. Son cas rappelle celui de Malick Coulibaly, ancien ministre de la Justice, qui a également subi les foudres du pouvoir avant lui.
  • Les partis politiques d’opposition ne sont pas épargnés. Plusieurs de leurs dirigeants ont été traînés devant les tribunaux ou placés en détention arbitraire, leurs activités politiques réduites à néant sous prétexte de menaces à l’ordre public.
  • La société civile et les activistes paient un lourd tribut. Clément Dembélé, connu pour son combat contre la corruption, a connu la détention après avoir critiqué les orientations stratégiques du gouvernement. D’autres militants, souvent actifs sur les réseaux sociaux, voient leurs comptes suspendus ou leurs publications censurées pour des prises de parole jugées trop subversives.
  • La presse malienne subit une pression sans précédent. Les journalistes locaux vivent dans la crainte constante d’être arrêtés ou de se voir interdire l’antenne. Quant aux médias internationaux, plusieurs ont été bannis du territoire, privant la population d’informations alternatives.

Le pouvoir judiciaire, un instrument au service d’un discours officiel

Pour les défenseurs de Ras Bath et de Rose « la vie chère », cette condamnation est une preuve supplémentaire que le système judiciaire malien est désormais instrumentalisé pour museler toute forme de contestation. Les avocats du collectif ont d’ores et déjà annoncé leur intention de faire appel, mais le message est clair : au Mali, exprimer des avis divergents, surtout sur des sujets sensibles comme le coût de la vie ou la gouvernance militaire, équivaut désormais à un délit d’État.

Les observateurs s’interrogent : jusqu’où ira cette dérive autoritaire ? Dans un pays où la démocratie est censée être en reconstruction, la justice devient paradoxalement l’outil privilégié pour étouffer le débat citoyen. Les citoyens malien·ne·s, quant à eux, voient leurs libertés fondamentales s’effriter jour après jour, sous couvert de sécurité et de stabilité.