Mali : l’heure de l’action décisive pour briser la spirale de terreur contre les civils

Mali : l’heure de l’action décisive pour briser la spirale de terreur contre les civils
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Le Mali fait face à un tournant critique : la protection des civils, autrefois négligée, devient aujourd’hui le nerf de la guerre. Human Rights Watch vient de publier un rapport accablant qui expose les exactions commises par toutes les parties au conflit, des forces armées maliennes aux groupes armés insurgés. Ces révélations sonnent comme un appel à l’action immédiate pour l’Union africaine, dont le rôle de garant de la paix est plus que jamais sollicité.

Une escalade des violences qui fragilise la société malienne

Dans son dernier rapport, Human Rights Watch dresse un constat alarmant : au centre et au nord du Mali, les populations civiles paient un lourd tribut. Les attaques ciblent désormais des lieux de vie quotidiens, transformant les marchés en zones de danger et les centres de santé en ruines. Entre les frappes militaires et les exactions des groupes armés, le droit international humanitaire est systématiquement bafoué, laissant les civils sans protection.

Les témoignages recueillis entre juillet et septembre 2026 dressent un tableau sombre. Des drones, des milices alliées aux forces gouvernementales et des groupes islamistes sèment la terreur, sans distinction entre victimes innocentes et combattants. La question n’est plus de savoir si les règles de la guerre sont violées, mais comment y mettre fin.

Les drones militaires transforment les marchés en champs de mort

L’un des épisodes les plus choquants reste la frappe de drone du 19 août sur le marché à bétail de Tombonkore, dans la région de Bandiagara. Six civils y ont perdu la vie, vingt autres ont été blessés, et des infrastructures vitales ont été détruites. Les témoignages recueillis confirment l’absence de combattants sur place au moment de l’attaque, ce qui soulève un sérieux doute sur la légitimité de l’opération.

L’organisation dénonce également la destruction partielle d’un centre de santé à Talahandak, dans la région de Kidal, lors d’une frappe attribuée à un drone militaire. Cette attaque prive une population déjà fragilisée d’un accès crucial aux soins, violant ainsi une règle fondamentale du droit humanitaire.

Quand l’armée confond civils et ennemis : le drame de Ségou

Un autre exemple glaçant illustre l’urgence d’agir : le 12 juillet, cinq jeunes filles âgées de 10 à 13 ans ont été tuées par des soldats maliens dans une rizière près de Niono. Les militaires auraient expliqué avoir agi sous le coup de la confusion après une attaque précédente. Si des excuses ont été présentées aux familles, cet épisode révèle les failles d’une stratégie militaire où les précautions pour distinguer civils et combattants font défaut.

Les groupes armés insurgés dans le collimateur des droits humains

Le rapport ne se contente pas de pointer les forces gouvernementales : il expose aussi les atrocités commises par le GSIM et le FLA. Le 18 juillet, près de Tabrichat dans la région de Gao, des combattants de ces groupes ont torturé et exécuté au moins 19 soldats capturés. Ces actes, aussi barbares que contraires au droit international, rappellent que toutes les parties au conflit sont tenues de respecter les règles de la guerre, quels que soient leurs objectifs.

Les milices Dozo, alliées aux forces gouvernementales, sont également mises en cause. Dans la région de Mopti, trois civils ont été tués les 27 et 28 juillet lors d’opérations attribuées à ces groupes. Les circonstances exactes de ces décès restent floues et nécessitent des enquêtes approfondies pour établir les responsabilités.

Union africaine : le temps des décisions est venu

Face à cette crise humanitaire, Human Rights Watch exige que le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine organise une session dédiée à la protection des civils au Mali. L’organisation appelle à des enquêtes indépendantes sur les abus commis par toutes les parties, à des comptes rendus réguliers des mesures prises, et à une responsabilisation effective des auteurs de violations.

Dans une lettre adressée au ministre malien de la Défense le 5 août, Human Rights Watch a présenté ses conclusions et ses interrogations. À ce jour, aucune réponse officielle n’a été formulée, ce qui souligne l’urgence d’une intervention régionale pour rétablir la confiance et mettre fin à l’impunité.

La protection des civils, un impératif pour la survie du Mali

Le Mali se trouve à un carrefour : continuer à subir les violences sans réaction forte, ou s’engager résolument dans une voie où la protection des populations prime sur les objectifs militaires. Human Rights Watch rappelle que la lutte contre l’impunité est déterminante pour éviter que les civils ne deviennent les otages d’un conflit sans fin.

Pour les victimes et leurs familles, chaque jour d’inaction signifie un nouveau drame. Pour les générations futures, chaque effort pour faire respecter le droit international est une chance de reconstruire une société où la sécurité et la dignité ne sont pas des privilèges, mais des droits inaliénables.

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André Biyong

Journaliste