15 mai 2026

Mali : la résistance de l’armée face aux groupes armés à Kidal

Mali : la résistance de l’armée face aux groupes armés à Kidal

Moussa Ag Acharatoumane, porte-parole du MSA, groupe allié à l'armée malienne

Les autorités de transition au Mali restent déterminées à lutter contre les groupes armés. Après les attaques simultanées du 25 avril, menées par les jihadistes du Jnim (lié à al-Qaïda) et les rebelles indépendantistes du FLA, le pays a subi une perte majeure : le ministre de la Défense, le général Sadio Camara, a été tué lors de ces assauts. Parallèlement, les groupes armés ont pris le contrôle de Kidal, imposant un blocus autour de Bamako et multipliant les attaques. Malgré cette escalade, l’armée malienne et ses alliés de l’Africa Corps russe maintiennent leur engagement et leur pression militaire.

Moussa Ag Acharatoumane, membre du Conseil national de transition et porte-parole du MSA (Mouvement pour le salut de l’Azawad), un groupe politico-militaire allié aux autorités, partage son analyse sur la situation.

l’armée malienne, un pilier face à la menace terroriste

Question : Les opposants au régime de transition affirment que les autorités sont affaiblies depuis les attaques du 25 avril. Pourtant, les soutiens du pouvoir militaire appellent à l’unité. Selon vous, le président Assimi Goïta reste-t-il le dirigeant dont le Mali a besoin ?

Réponse de Moussa Ag Acharatoumane : Absolument. Le président Assimi Goïta est toujours le dirigeant dont le Mali a besoin. Il assure la gouvernance du pays avec efficacité. Malgré les attaques du 25 avril, le Mali reste debout et agit. Les forces de défense et de sécurité ont repoussé ces offensives terroristes, malgré leur complexité et la présence de complices internes et externes. Aujourd’hui, l’armée malienne est unie, le commandement est soudé, et les soldats sur le terrain affichent une forte détermination. Les opérations se poursuivent sur tout le territoire.

Question : Les attaques persistent, Bamako est sous blocus, mais le régime semble solide et prêt à tenir.

Réponse : Le régime est solide, et j’irai plus loin : c’est le peuple malien lui-même qui est solide. Les Maliens ont une profonde confiance en leur armée, en leur gouvernement et en leur pays. Cette détermination collective est notre plus grande force face à l’adversité.

l’alliance controversée entre le jnim et le fla

Question : Comment analysez-vous l’alliance militaire entre le Jnim et le FLA ?

Réponse : La nébuleuse al-Qaïda est bien connue. Les groupes qui choisissent de s’allier à cette organisation n’ont tiré aucune leçon de 2012. À cette époque, une tentative similaire avait été menée, laissant des conséquences désastreuses. Certains membres du FLA, hélas, n’ont jamais rompu leurs liens avec al-Qaïda, mais d’autres en ont été les premières victimes. Leurs familles ont été décimées par cette organisation, tout comme des responsables du Jnim, dont certains dirigeants actuels ont participé à l’assassinat des journalistes Ghislain Dupont et Claude Verlon en 2013 à Kidal. Cette alliance est une erreur grave.

Nos frères doivent réaliser l’ampleur de leur choix et revenir sur leur décision. Ils devraient suivre l’exemple du MSA et du Gatia, qui se sont alliés à l’armée malienne pour combattre le terrorisme international.

Question : Les dirigeants du FLA affirment que cette alliance est uniquement militaire, sans projet commun avec le Jnim.

Réponse : Lorsqu’on observe les communiqués officiels d’al-Qaïda annonçant cette alliance, lorsqu’on voit Iyad Ag Ghali (chef du Jnim) coordonner personnellement les opérations à Kidal aux côtés d’Alghabass Ag Intallah (dirigeant du FLA), ou encore les défilés organisés dans les rues de Kidal avec des drapeaux noirs affichant leurs objectifs, il est clair que nos frères se trompent. Ils ont été victimes de ces groupes en 2012, et les mêmes acteurs sont toujours en place en 2026.

une contre-offensive à Kidal est-elle envisageable ?

Question : Le Jnim et le FLA contrôlent désormais Kidal et Tessalit, tandis que l’armée malienne et l’Africa Corps sont présents à Aguelhoc et Anéfis. Une contre-offensive est-elle prévue dans la région de Kidal ?

Réponse : Les forces de défense et de sécurité maliennes sont en pleine réorganisation et restent actives dans la région de Kidal. Elles sont déterminées à mener des opérations sur l’ensemble du territoire et ne céderont aucun centimètre aux organisations terroristes.

Question : Le général El Hadj Ag Gamou, nommé gouverneur de Kidal en 2023 et que vous connaissez bien, serait actuellement à Gao. Est-ce exact ?

Réponse : Le général El Hadj Ag Gamou va très bien. Il a le moral et assume pleinement ses responsabilités en tant que gouverneur de la région de Kidal. Les opérations militaires, leur réorganisation et leur redéploiement relèvent de l’armée. Lui, sa mission est de gérer l’administration locale. Il est en parfaite santé et prêt à poursuivre son travail.

ménaka : une situation sous contrôle, mais une vigilance toujours de mise

Question : Dans votre région de Ménaka, l’armée malienne et l’Africa Corps ont repoussé fin avril les offensives de l’État islamique, un groupe jihadiste rival du Jnim. Quelle est la situation actuelle dans la ville ?

Réponse : La situation est sous contrôle. L’administration a repris ses activités, la vie normale a repris son cours, et les forces de sécurité, accompagnées de leurs partenaires, assurent des patrouilles régulières. Cependant, la menace terroriste persiste. Nous sommes en guerre contre l’une des organisations les plus dangereuses au monde, et la vigilance reste de mise. Pour l’instant, Ménaka est calme, mais nous ne nous laissons pas abuser par cette accalmie.

faut-il dialoguer avec le jnim et le fla ?

Question : Certains opposants au régime, comme la Coalition des forces pour la République de l’imam Dicko, prônent la négociation avec le Jnim et le FLA. Pourtant, depuis dix ans, cette option est évoquée lors de chaque concertation nationale, y compris sous la Transition. Les autorités actuelles s’y opposent catégoriquement. Êtes-vous favorable à cette idée ?

Réponse : Il n’y a rien à discuter avec des groupes dont le projet est de détruire notre pays. L’État malien a pour mission de protéger sa population et son intégrité territoriale. Aucune négociation n’est possible dans l’état actuel des choses, sauf si ces groupes abandonnent leurs objectifs et reviennent à de meilleurs sentiments. Ce sont des Maliens, et s’ils changent de voie, la place pour eux reste ouverte. Mais pas dans ces conditions.